Résumé de la décision
La SARL Alarm'Veille a contesté un titre de perception émis à son encontre pour des dépens liés à un jugement rendu dans un litige impliquant une autre société, la SARL Pinel. L'avis de mise en recouvrement avait été envoyé à Alarm'Veille par erreur. Après avoir épuisé le recours préalable, elle a saisi le tribunal administratif d'Amiens pour demander sa décharge de paiement, mais sa demande a été rejetée par ordonnance du 21 avril 2016, la présidente du tribunal considérant que l'affaire relevait de la juridiction judiciaire. Alarm'Veille a interjeté appel de cette ordonnance. La cour a maintenu la décision du tribunal administratif, concluant que le litige ne relevait pas de sa compétence.
Arguments pertinents
1. Incompétence de l'ordre administratif : La cour a confirmé que la créance de l'État contre Alarm'Veille découle d'une décision judiciaire, stipulant : "la créance que l'Etat détient, en l'espèce, contre la partie condamnée aux dépens trouve son fondement dans une décision de la juridiction judiciaire".
2. Compétence du juge judiciaire : Étant donné que les mesures de recouvrement prennent leur origine dans des éléments de l'ordre judiciaire, la cour a estimé que "le litige introduit par la SARL Alarm'Veille pour contester l'obligation de payer la somme mise à sa charge à ce titre relève de la compétence de la juridiction de l'ordre judiciaire".
3. Rejet des conclusions au titre de l'article L. 761-1 : La cour a également rejeté les conclusions d'Alarm'Veille visant à obtenir un remboursement en vertu de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, car la demande de décharge était infondée.
Interprétations et citations légales
La décision s'appuie sur plusieurs textes juridiques dont les interprétations montrent clairement la répartition des compétences entre les ordres de juridiction :
1. Loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 – Article 43 : Cet article stipule que "la partie condamnée aux dépens [...] est tenue de rembourser au Trésor public les sommes exposées par l'État", ce qui ancre la créance litigieuse dans une logique de dépens judiciaires.
2. Article 44 de la même loi : Ce dernier précise que "le recouvrement des sommes dues à l'État a lieu comme en matière de créances étrangères à l'impôt", renforçant l'idée que le recouvrement est lié à une décision des juridictions judiciaires.
3. Décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 - Article 124 : Il établit que "le recouvrement des sommes avancées par l'État au titre de l'aide juridictionnelle est effectué par le comptable de la direction générale des finances publiques". Cela implique une procédure de recouvrement construite autour des décisions rendues par les juridictions judiciaires, soulignant le caractère inextricable de la créance par rapport à la décision originelle.
Conclusion
La décision de la cour d'appel souligne la nécessité de respecter la compétence de chaque ordre de juridiction, en affirmant que la SARL Alarm'Veille devait contester le titre de perception devant le juge judiciaire. Cette décision rappelle la portée des règles relatives aux dépens et au recouvrement des créances liées à l'aide juridictionnelle, s'inscrivant dans les principes d'organisation des juridictions en France.