Résumé de la décision
M. D..., ressortissant camerounais, a interjeté appel d'un jugement du 30 juin 2015 du tribunal administratif de Nantes, qui avait rejeté sa demande d'annulation d'une décision du ministre de l'intérieur datée du 14 août 2012. Cette décision avait ajourné sa demande de naturalisation à deux ans en raison de dettes locatives non régularisées et d'un manque d'insertion professionnelle stable. La cour a confirmé le rejet de la requête de M. D..., considérant que le ministre avait légitimement apprécié la situation de l'intéressé.
Arguments pertinents
1. Appréciation de l'opportunité de naturalisation: La cour a souligné que le ministre a la compétence d’évaluer si l’octroi de la nationalité est justifié, à l'aide d'éléments tels que le degré d'insertion professionnelle et la stabilité des ressources. Dans ce contexte, la cour a fait référence à l'article 48 du décret du 30 décembre 1993, qui autorise le ministre à ajourner une demande de naturalisation.
Citation : « (...) il appartient au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite ».
2. Dettes locatives non régularisées: La cour a constaté que M. D... avait une dette locative qui n'était pas réglée au moment où la décision a été prise. Bien qu'il ait affirmé avoir réglé cette dette, le règlement a eu lieu après la décision, ce qui a renforcé l’argument du ministre pour l'ajournement.
Citation : « il ressort des pièces du dossier que M. D...était redevable, au 24 février 2012, d'une somme de 482,69 euros à l'égard de son bailleur ».
3. Reconnaissance des conditions de recevabilité: M. D... a tenté d'argumenter que sa conformité avec les critères de naturalisation ne pouvait être ignorée. Cependant, la cour a noté que la décision a été prise dans le cadre de l'appréciation d'opportunité conformément à l'article 48.
Citation : « M. D... ne peut invoquer utilement la circonstance qu'il satisfait aux conditions de recevabilité d'une demande de naturalisation, (...) la décision contestée ayant été prise sur le fondement de l'article 48 ».
Interprétations et citations légales
1. Code civil - Article 21-15: Cet article stipule que l'acquisition de la nationalité française par naturalisation est effectuée à la suite d'une décision de l’autorité publique. Cela souligne la discrétion que le ministre possède pour déterminer les conditions sous lesquelles la naturalisation peut être accordée.
2. Décret du 30 décembre 1993 - Article 48: Cet article donne la possibilité au ministre de prononcer un ajournement de la demande de naturalisation. Le texte précise que cet ajournement peut être motivé par des conditions à remplir ou un délai à respecter, reconfirmant ainsi le pouvoir discrétionnaire de l’administration pour évaluer chaque cas individuellement.
3. Discretionnaire et objectivité: La cour a mis en avant que le pouvoir du ministre de juger de l'opportunité d'accorder la nationalité française est fondamentalement discrétionnaire et ne se limite pas uniquement aux critères de recevabilité. Cela signifie que les considérations personnelles et professionnelles de M. D... peuvent être prises en compte dans ce processus d'évaluation.
Ces éléments permettent de comprendre les enjeux de l'affaire ainsi que les fondements juridiques sur lesquels reposent les décisions administratives en matière de naturalisation.