Résumé de la décision :
Dans cette affaire, le garde des sceaux, ministre de la justice, a demandé l'annulation d'un jugement du tribunal administratif de Montreuil, qui avait condamné l'État à verser une somme de 32 351,44 euros aux proches de M. F... D... suite à son suicide en détention. La cour a rejeté la demande du ministre, confirmant la responsabilité de l'État pour avoir placé M. D... dans une cellule inappropriée et pour avoir omis de fournir les protections nécessaires contre le suicide malgré son état de santé fragile. La cour a également ordonné le versement d'une somme de 1 500 euros aux proches pour leurs frais de justice.
Arguments pertinents :
1. Régularité du jugement : Le garde des sceaux a soutenu que le jugement était irrégulier en raison d'un défaut de signature. La cour a rejeté cet argument, notant que le jugement avait été dûment signé par les autorités compétentes, affirmant que « la minute du jugement n° 1608952 du tribunal administratif de Montreuil a été signée par le président-rapporteur, le premier conseiller le plus ancien et le greffier. »
2. Surveillance et responsabilité :
- Le ministre a prétendu qu'aucun défaut de surveillance ne pouvait être reproché. Cependant, la cour a observé que le tribunal n'avait pas fondé sa décision sur ce point, mais plutôt sur le fait que M. D... avait été placé dans une cellule sans protection suffisante : « le tribunal s'est fondé sur la circonstance que M. D... a été placé dans une cellule comportant des lits superposés avec des draps, sans kit anti-suicide, ce qui a permis son passage à l'acte. »
- La cour a également souligné que l'État ne pouvait ignorer les antécédents psychiatriques de M. D..., ce qui constituait une faute dans l'organisation du service pénitentiaire.
3. Engagement de la responsabilité de l'État : La cour a conclu que l'organisation du service et l'absence de protections adéquates en matière de santé mentale impliquaient la responsabilité de l'État, précisant que « le fait d'avoir placé M. D... dans une cellule ordinaire et laissé à sa disposition des draps inadaptés révèle une faute dans l'organisation du service. »
Interprétations et citations légales :
La décision fait référence à divers textes juridiques, notamment le Code de justice administrative sur l'obligation de l'État de garantir la sécurité et la santé des détenus :
- Code de justice administrative - Article L. 761-1 : Cet article prévoit le remboursement des frais de justice dans une certaine mesure suivant les circonstances de l'affaire. La cour a décidé de mettre à la charge de l'État le versement de 1 500 euros en application de cet article.
Dans cette décision, la cour illustre également le principe selon lequel l'État doit prendre des mesures préventives appropriées pour protéger la vie et la santé de ses détenus, particulièrement ceux ayant des antécédents de troubles psychiatriques. Cette interprétation souligne l'importance d'évaluer le risque de suicide chez les détenus et d'agir en conséquence pour éviter de tels drames. En somme, cette décision met en lumière la responsabilité continue de l'État dans la gestion des conditions de détention et de la santé mentale des personnes incarcérées.