Résumé de la décision
La Société internationale de diffusion et d'édition (SIDE) a contesté un arrêt de la cour administrative d'appel de Paris, qui avait rejeté sa demande d'indemnisation relative à l'aide illégale accordée par l'État français à la Coopérative d'exportation du livre français (CELF). Cette aide avait été jugée incompatible avec le marché intérieur par la Commission européenne. Le Conseil d'État annule l'arrêt de la cour, considérant que cette dernière a méconnu son office en ne permettant pas la production de documents nécessaires à l'établissement du lien de causalité entre l'aide illégale et les préjudices allégués par la SIDE. Il renvoie l'affaire devant la cour administrative d'appel et impose à l'État le versement de 3 000 euros à la SIDE en vertu de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Arguments pertinents
1. Lien de causalité entre l'aide illégale et le préjudice : Le Conseil d'État souligne qu'il incombe aux juges du fond d'apprécier s'il existe un lien de causalité entre l'aide illégale et le préjudice. La décision de la cour ayant rejeté la demande d'ordonnance de mesures d'instruction est critiquée parce qu'elle restreint les capacités de la SIDE à prouver son préjudice. Le Conseil d'État indique que "la cour a méconnu son office", ce qui justifie l'annulation de l'arrêt.
2. Pouvoir d’ordonnance de mesure d’instruction : Le Conseil d'État rappelle que les juges peuvent ordonner des mesures d'instruction à l'égard de tiers pour établir leur conviction. La restriction de la cour à la demande d'exhiber la comptabilité du CELF est jugée inappropriée, car "la cour a relevé que la SIDE avait produit ses documents comptables mais ne disposait pas de l'ensemble des éléments" nécessaires.
Interprétations et citations légales
Le Conseil d'État s'appuie sur les principes établis dans le code de justice administrative concernant la direction des procédures et le rôle des juges. En particulier, il souligne :
- Code de justice administrative - Article L. 761-1 : Cet article prévoit que "le juge peut, dans les litiges relatifs à une obligation de l'État, condamner l'État à verser à une personne, en raison des frais exposés, une somme" afin de garantir l'équité procédurale.
Le Conseil d'État conclut que, "dans les circonstances de l'espèce", il y a lieu d'accorder une somme à la SIDE, puisque celle-ci n'est pas la partie perdante. Cette interprétation souligne l'obligation de l'État de respecter les droits des requérants, notamment en leur permettant d'accéder aux preuves nécessaires à la justification de leur demande.
En résumé, le Conseil d'État appelle à une réévaluation scrupuleuse des preuves en jeu, en veillant à ce que les parties aient la possibilité d'établir les faits essentiels à l'évaluation de leur demande, tout en marquant son engagement envers la justice et la transparence dans les procédures administratives.