Résumé de la décision
L'assemblée de la Polynésie française a adopté une loi du pays pour financer l'acheminement des quotidiens édités à Tahiti vers les îles de la Polynésie. La société Fenua Communication, éditrice du quotidien Tahiti Infos, a contesté cette loi en soutenant qu'elle était non conforme au bloc de légalité et qu'elle constituait une atteinte au principe d'égalité de traitement. Le Conseil d'État a jugé que Fenua Communication, en tant que société de presse, avait un intérêt à agir, mais a finalement rejeté sa requête, estimant que la loi visait à encourager la diffusion des quotidiens et à préserver le pluralisme de la presse, ce qui ne constituait pas un détournement de pouvoir.
Arguments pertinents
1. Sur l'égalité de traitement :
La société Fenua Communication a allégué une violation du principe d'égalité en raison de l'aide destinée uniquement à un opérateur utilisant le fret aérien. Toutefois, le Conseil d'État a constaté que la société était éligible à l'aide en lien avec la diffusion de son quotidien. Il a affirmé qu'elle pouvait bénéficier des mêmes conditions d'acheminement, ce qui écarte la critique de différenciation. En effet, le tribunal a mentionné : “Elle peut bénéficier, dans les mêmes conditions... d'une prise en charge de l'acheminement par fret aérien.”
2. Sur l'objectif d'intérêt général :
En ce qui concerne les accusations de détournement de pouvoir en faveur de la SIC, le Conseil a souligné que l'aide ne favorisait pas une société en particulier, mais qu'elle visait un objectif d'intérêt général, à savoir la diffusion de la lecture des quotidiens dans toute la Polynésie. Le texte précise : “la prise en charge... vise à encourager la diffusion et la pratique de la lecture des quotidiens... et à préserver ainsi le pluralisme de la presse.”
Interprétations et citations légales
1. Constitution - Préambule et Article 1er :
La Constitution garantit des principes de liberté et d'égalité. La discussion de la loi du pays s'inscrit dans ce cadre, car le Conseil d'État vérifie la conformité de cette loi au bloc de légalité établi par la loi organique.
2. Loi organique n°2004-192 du 27 février 2004 - article 140 :
Cet article permet à l'assemblée de la Polynésie française d'adopter des lois du pays, comme celle contestée par Fenua Communication. Elle a donc un cadre légal justifiant l’adoption de dispositifs d'aide.
3. Code de justice administrative - Article L. 761-1 :
Cet article stipule que les frais de justice peuvent être mis à la charge de l'État dans certains cas, mais le Conseil a indiqué que la demande de la société Fenua Communication n'était pas fondée, justifiant ainsi le rejet de ses conclusions à ce titre.
En somme, la décision démontre que le Conseil d'État, dans son appréciation, a veillé à l'équilibre entre le respect des principes constitutionnels et les finalités d'une législation régionale, tout en confirmant l'objectif de préserver le pluralisme médiatique en Polynésie française.