Résumé de la décision
L'Association philanthropique d'action contre l'anarchie urbaine vecteur d'incivilités (APACAUVI) a saisi le juge des référés du Conseil d'État pour demander la suspension d'un décret du 23 octobre 2019, qui régule les caractéristiques techniques et les conditions de circulation des trottinettes électriques. Elle invoque la condition d'urgence pour l'intérêt public lié à la sécurité routière, ainsi qu'un doute sérieux quant à la légalité du décret. Toutefois, le juge a rejeté la requête en raison de l'absence de moyens sérieux et a noté que les conditions nécessaires pour suspendre le décret n'étaient pas remplies.
Arguments pertinents
1. Absence de preuve d'incompétence : L'APACAUVI a soutenu que le Conseil d'État n'avait pas été saisi préalablement à la promulgation du décret, ce qui priverait celui-ci de légitimité. Cependant, le juge a estimé que ce moyen était « dénué de tout caractère sérieux », n'étant fondé sur aucun élément matériel probant.
2. Conformité avec la directive européenne : L'association prétendait que les dispositions du décret violaient l'article 4 de la directive n° 2006/126/CE. Le juge a souligné que le décret définissait les engins de déplacement personnel comme des engins ne dépassant pas 25 km/h. Par conséquent, ce moyen était également dépourvu de fondement.
3. Insuffisance en matière de sécurité publique : L'argument selon lequel les mesures du décret ne garantissaient pas suffisamment la sécurité publique a été qualifié de spéculatif. Le juge a conclu que ces considérations générales sur les risques encourus ne constituaient pas un moyen sérieux au regard de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
Interprétations et citations légales
- Sur l'urgence et le doute sérieux : Selon le Code de justice administrative - Article L. 521-1, le juge des référés peut suspendre l'exécution d'une décision administrative en cas d'urgence et de doute sérieux quant à sa légalité. La décision d'autoriser ou non la suspension est conditionnée à la présence de ces éléments.
- Absence de l'avis du Conseil d'État : L'APACAUVI a argué que le décret devait être annulé pour incompétence en vertu de l'article L. 112-1 du Code de justice administrative, qui stipule que certains décrets doivent être précédés d'un avis du Conseil d'État. Le juge n'a pas trouvé de preuve que cette procédure n'avait pas été suivie.
- Directive européenne sur les cyclomoteurs : La requête s'appuyait sur l'article 4 de la directive n° 2006/126/CE, qui impose un permis pour la conduite des cyclomoteurs. Cependant, le juge a interprété ce texte en lien avec l'article 3 du décret contesté, établissant que les engins de déplacement personnels, selon le décret, ne dépassant pas la vitesse limite, ne rentraient pas dans cette catégorie.
En somme, la décision du Conseil d'État souligne la rigueur avec laquelle la condition d'urgence et le caractère sérieux des moyens invoqués doivent être établis pour justifier la suspension d'un acte administratif.