Résumé de la décision
La décision concerne une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) soulevée par la Confédération générale du travail - Force ouvrière au sujet de l'article L. 2254-2 du Code du travail, tel que modifié par la loi n° 2016-1088 du 8 août 2016. Cet article permet à un accord d'entreprise de se substituer aux clauses contraires du contrat de travail, y compris sur des points avantageux pour les salariés, mais précise aussi que le salarié peut refuser ces modifications contractuelles sans que cela n'entraîne une diminution de sa rémunération. Le Conseil d'État a décidé de renvoyer la question au Conseil constitutionnel, considérant que le moyen soulevé présente un caractère sérieux et n’a pas encore été examiné par le Conseil constitutionnel.
Arguments pertinents
1. Applicabilité des dispositions : L'article L. 2254-2 du Code du travail est applicable aux litiges en cours, car les modifications apportées directement par cette loi impactent le statu quo des relations de travail.
2. Absence de déclaration de conformité antérieure : Le Conseil d'État note que ces dispositions n'ont pas été déclarées conformes à la Constitution dans les décisions précédentes du Conseil constitutionnel, ce qui ouvre la porte à un nouvel examen.
3. Question sérieuse : Le moyen selon lequel l'article L. 2254-2 pourrait porter atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution, notamment en ne limitant pas suffisamment le pouvoir de l'employeur à licencier des salariés refusant une modification de leur contrat, est jugé sérieux. Cela soulève d'importantes questions sur la protection des droits des travailleurs en matière de licenciement et de modifications contractuelles.
Interprétations et citations légales
1. Article L. 2254-2 du Code du travail :
- Ce texte précise que "Lorsqu'un accord d'entreprise est conclu en vue de la préservation ou du développement de l'emploi, ses stipulations se substituent de plein droit aux clauses contraires et incompatibles du contrat de travail". Cette substitution automatique pose la question de l'équilibre entre les intérêts de l'employeur et les droits des salariés.
2. Refus du salarié : L'article stipule que "Le salarié peut refuser la modification de son contrat de travail résultant de l'application de l'accord...". Ce point souligne le droit de refus, mais aussi la nécessité d'examiner les conséquences de ce refus sur le contrat de travail, notamment en termes de licenciement possible.
3. Licenciement pour refus : L'article indique que si l'employeur engage une procédure de licenciement après un refus, cela doit reposer sur un "motif spécifique qui constitue une cause réelle et sérieuse". La définition de ce "motif spécifique" peut faire l'objet d'une interprétation à la lumière des exigences constitutionnelles en matière de protection des droits des travailleurs.
Conclusion
La décision du Conseil d'État de renvoyer la question de la constitutionnalité de l'article L. 2254-2 au Conseil constitutionnel marque une étape significative dans la protection des droits des travailleurs, surtout en ce qui concerne leurs droits en matière de modifications contractuelles et de licenciement. Les implications de cette décision pourraient également influencer la manière dont les accords d'entreprise sont négociés et appliqués dans le cadre des relations de travail en France.