Résumé de la décision :
La société Fnac Darty a soulevé des questions prioritaires de constitutionnalité concernant certaines dispositions du code de commerce, en particulier celles liées à l'Autorité de la concurrence. Ces questions portent notamment sur la conformité de ces dispositions aux droits et libertés garantis par la Constitution, en raison d'un prétendu non-respect du principe d'égalité devant la loi et d'une incompétence négative au regard des libertés contractuelles et d'entreprendre. Le Conseil d'État a décidé de renvoyer ces questions au Conseil constitutionnel pour qu'il statue sur leur conformité.
Arguments pertinents :
1. Inconstitutionnalité évoquée : La société Fnac Darty conteste la conformité des dispositions en raison d'une atteinte potentielle au principe constitutionnel d'égalité devant la loi, tel que protégé par l'article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Elle a affirmé que “ces dispositions méconnaissent le principe constitutionnel d'égalité devant la loi”.
2. Libertés fondamentales : Elle soutient également que les dispositions en question sont entachées d'incompétence négative par rapport à la protection des libertés fondamentales, notamment la liberté d'entreprendre et le droit de propriété, affirmant qu'il incombe au législateur “d'exercer pleinement sa compétence”.
3. Question de constitutionnalité sérieuse : Le Conseil d'État a jugé que les dispositions contestées n'ont pas encore été déclarées conformes à la Constitution et qu'il existe un caractère sérieux dans les questions soulevées, justifiant ainsi leur renvoi au Conseil constitutionnel.
Interprétations et citations légales :
1. Disposition législative contestée : L'article L. 461-3 du code de commerce précise que “le président de l'Autorité de la concurrence ou un vice-président désigné par lui, peut adopter seul les décisions de révision des mesures mentionnées aux III et IV de l'article L. 430-7”. Cette disposition est critiquée pour sa concentration de pouvoir qui pourrait nuire aux droits des entreprises en matière d'égalité et de liberté.
2. Constitutionnalité des mesures : Selon l'article 23-5 de l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958, la possibilité de soulever une question de constitutionnalité à l'occasion d'une instance devant le Conseil d'État est conditionnée par trois critères. Les critiques de Fnac Darty portent sur la façon dont l'Autorité de la concurrence pourrait potentiellement agir sans garantir les droits fondamentaux des entreprises, en contradiction avec ces conditions.
3. Référence à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen : L'article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen proclame que “la loi est l’expression de la volonté générale". Dans ce contexte, la société Fnac Darty argue que les dispositions contestées ne respectent pas cette expression de la volonté générale en procédant à des discriminations entre entités commerciales.
Ainsi, le Conseil d'État, après avoir examiné ces arguments, a considéré que les questions soulevées par la société Fnac Darty méritent d'être examinées par le Conseil constitutionnel, émettant ainsi un sursis à statuer sur les requêtes jusqu'à ce qu'une décision soit prise par ce dernier.