Résumé de la décision
Cette décision concerne la question prioritaire de constitutionnalité (QPC) soulevée par M. A... concernant l'article L. 2223-15 du Code général des collectivités territoriales. Cet article règle la restitution à la commune des terrains de concession funéraire non renouvelés après une période de deux ans suivant leur expiration. Le Conseil d'État, au terme de ses analyses, a décidé qu'il n'y avait pas lieu de renvoyer la question au Conseil constitutionnel, considérant que les dispositions contestées ne présentaient pas un caractère sérieux d'atteinte à la propriété ou à la garantie des droits.
Arguments pertinents
1. Absence de privation de propriété : Le Conseil d'État a jugé que les dispositions de l'article L. 2223-15 ne constituent pas une privation de propriété au sens de l'article 17 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. En effet, "le retour à la commune du terrain concédé, qui fait partie du domaine public communal, deux ans après l'expiration de la concession" est un mécanisme prévu pour assurer la gestion des espaces funéraires.
2. But d'intérêt général : Le transfert des monuments et emblèmes funéraires au domaine privé de la commune a pour but de prévenir l'abandon progressif des sépultures, contribuant ainsi à maintenir un état de dignité des cimetières, conforme à l'objectif d'intérêt général. Le Conseil d'État conclut que "le grief tiré de l'atteinte au droit de propriété [...] ne peut donc être regardé comme présentant un caractère sérieux".
3. Information des titulaires de concession : Le juge a aussi évoqué l'obligation faite au maire d'informer, par tout moyen utile, les titulaires des concessions de l'extinction de leur droit à renouvellement. Cela constitue une garantie suffisante, ce qui rend le grief lié à la méconnaissance de la garantie des droits non fondé.
Interprétations et citations légales
1. Code général des collectivités territoriales - Article L. 2223-15 : Cet article stipule les modalités de concession et de renouvellement des concessions funéraires. Il précise que "les concessions sont accordées moyennant le versement d'un capital dont le montant est fixé par le conseil municipal" et qu'en absence de paiement, "le terrain concédé fait retour à la commune". Les conditions précises de retour du terrain et d'intégration des monuments dans le domaine privé communal formulent un cadre légal pour la gestion des espaces funéraires.
2. Déclaration des droits de l'homme et du citoyen - Article 17 : Selon cet article, "la propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé", ce qui soulève la question de l'atteinte à la propriété dans le contexte des dispositions de l'article L. 2223-15. Toutefois, le Conseil d’État a établi que le cadre prévu par cet article ne constitue pas une atteinte à ce droit, en arguant que la restitution des terrains est encadrée et permet le respect de l’intérêt général.
3. Déclaration des droits de l'homme et du citoyen - Article 16 : Ce texte garantit que "tout citoyen may par ses droits et titres défendre ses droits", ce qui implique que l'information des titulaires de concession par le maire doit être suffisante pour leur permettre d'exercer leur droit à la renouvellation. Le Conseil d’État a jugé que cette obligation d’information ne permettait pas d'invoquer une atteinte sérieuse aux droits des titulaires de concessions.
En somme, le Conseil d'État a validé les dispositions de l'article L. 2223-15 au regard des enjeux d'intérêt général et des protections juridiques mises en place pour les titulaires de concessions, rejetant ainsi la demande de renvoi au Conseil constitutionnel.