Résumé de la décision
L'Association générale des producteurs de maïs a demandé, par une requête déposée le 7 juin 2018, l'annulation du refus de dérogation à l'interdiction d'utilisation de produits phytopharmaceutiques contenant des substances actives de la famille des néonicotinoïdes, en l'occurrence le produit Sonido, à base de thiaclopride. Le ministre de l'Agriculture, aidé par d'autres ministères, a rejeté cette demande le 27 juillet 2018. L'Association conteste aussi la décision implicite de rejet suite à un recours gracieux du 2 octobre 2018. Toutefois, le Conseil d'État, constatant que la législation en vigueur ne permettait plus l'octroi de cette dérogation, déclare la requête sans objet et rend sans effet les conclusions financières des parties.
Arguments pertinents
1. Transcendance temporelle de la dérogation : Le Conseil d'État rappelle que les ministres concernés ne pouvaient accorder une dérogation qu'avant le 1er juillet 2020, conformément à l'article L. 253-8 du code rural et de la pêche maritime tel que modifié par la loi du 8 août 2016. Il indique que « la requête de l'Association générale des producteurs de maïs... est devenue sans objet ».
2. Inapplicabilité des nouvelles dispositions : Les nouvelles possibilités de dérogation introduites par la loi du 14 décembre 2020 n'étaient applicables qu'aux cultures de betteraves sucrières, excluant ainsi toute possibilité pour les semences de maïs de bénéficier d'une telle dérogation.
3. Rejet des demandes financières : Le Conseil statue également que, dans cette affaire, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties en matière d'articles L. 761-1 du code de justice administrative. Ceci est basé sur l'absence d'une décision favorable, rendant inapplicable la demande de remboursement des frais.
Interprétations et citations légales
1. Interprétation des compétences ministérielles : L'article L. 253-8, tel que modifié par la loi du 8 août 2016, est interprété de manière stricte, ne permettant pas aux autorités d’accorder des dérogations au-delà d’un délai fixé (Code rural et de la pêche maritime - Article L. 253-8). Cette interprétation souligne l'importance des délais fixés par le législateur pour encadrer les pouvoirs administratifs.
2. Limitation des dérogations à certaines cultures : Les dispositions du II de l'article L. 253-8 et de l'article L. 253-8-3, introduites par la loi du 14 décembre 2020, doivent être comprises dans leur portée restreinte, ne s'appliquant qu'aux betteraves sucrières. Le Conseil note : « les nouvelles possibilités de dérogation... ne visent que les cultures de betteraves sucrières ».
3. Conséquence juridique de l'absence de mesures exécutoires : La décision de considérer la requête comme sans objet illustre la règle juridique selon laquelle un acte administratif ne peut plus être exécuté si le cadre légal ne le permet plus, effectuant une lecture dynamique des règles de droit. Le Conseil affirme que « ... aucune mesure d'exécution... ne peut plus être prise... ».
En somme, cette décision rappelle l'importance de respecter les cadres légaux proposés par le législateur ainsi que les implications des délais dans la permission d'accords administratifs.