Résumé de la décision
La décision concerne le pourvoi du département de la Manche contre l'arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes du 22 mai 2018, qui avait annulé une sanction d'exclusion temporaire d'un an infligée à M. A... C..., agent polyvalent, par un arrêté du président du conseil départemental. Les faits remontent à une plainte pour harcèlement sexuel déposée contre M. C... et résultent d'une décision de suspension de ses fonctions. Le Conseil d'État a confirmé que la signature de l'arrêté sanctionnatoire n'était pas juridiquement valide, en raison de l'absence de délégation appropriée à M. B..., celui qui avait signé la sanction.
Arguments pertinents
1. Délégation de signature : Le Conseil d'État a affirmé que l'arrêté déléguant des pouvoirs à M. B... ne visait pas explicitement les sanctions disciplinaires. Le tribunal a précisé qu'« en jugeant que M. B... n'était pas habilité par ces deux arrêtés à signer des décisions prononçant des sanctions disciplinaires à l'encontre des agents du département », la cour n'a pas méconnu la portée des arrêtés.
2. Restriction de compétences : La décision a sous-entendu que même si une délégation est générale pour la gestion des affaires administratives, elle ne peut s'appliquer aux décisions disciplinaires. Le Conseil d'État a noté que « ces dispositions ne visent que les actes que le président du conseil départemental prend en tant qu'organe exécutif de la collectivité, à l'exclusion des mesures, telles que les sanctions disciplinaires ».
Interprétations et citations légales
1. Code général des collectivités territoriales - Article L. 3221-3 : Cet article précise que « Le président du conseil départemental est le chef des services du département. Il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, donner délégation de signature en toute matière aux responsables desdits services. » La cour a interprété cet article comme conférant au président les pouvoirs nécessaires pour les mesures disciplinaires, mais ceux-ci ne peuvent pas être délégués sans mention explicite dans l'arrêté.
2. Nature des compétences : L'arrêté du 4 novembre 2015 ne comprend pas de mention des sanctions disciplinaires. Les termes de la délégation de signature, qui se limite à des « pièces relatives aux ordres de mission, à la gestion des congés, aux autorisations d'absence, aux états de frais de déplacement et aux heures supplémentaires », témoignent de la nature restrictive des compétences déléguées.
Cette décision souligne l'importance de la clarté et de la précision dans la rédaction des délégations de signature, en particulier lorsqu'elles concernent des mesures qui sont intrinsèquement liées à des responsabilités disciplinaires.