Résumé de la décision
La caisse régionale de crédit agricole mutuel de la Corse a obtenu, par un arrêt de la cour administrative d'appel de Marseille du 18 juin 2018, la condamnation de l'État à lui verser la somme de 8 466 310 euros, correspondant à des avances faites pour le compte de l'État jusqu'en 1997. Cependant, la cour a fixé la date de départ des intérêts moratoires au 23 juin 2009. La caisse a formé un pourvoi en cassation, contestation qui a été accueillie par le Conseil d'État. Ce dernier a annulé l'arrêt en ce qui concerne les intérêts moratoires, fixant leur date de départ au 6 octobre 1997, date à laquelle la demande de remboursement a été considérée comme reçue par l'État. En outre, l'État a été condamné à verser 3 000 euros à la caisse au titre des frais de justice.
Arguments pertinents
1. Date de départ des intérêts moratoires : Le Conseil d'État a souligné que, selon l'article 1153 du Code civil, les intérêts moratoires doivent courir à partir de la date de réception de la demande de paiement. La cour administrative d'appel a erronément retenu le 23 juin 2009 comme point de départ, en se basant sur l'absence de preuve de réception de la demande de 1997. Le Conseil d'État a constaté que la demande avait bien été reçue, ce qui justifie le départ des intérêts à compter du 6 octobre 1997.
2. Capitalisation des intérêts : Le Conseil d'État a également précisé que la caisse a droit à la capitalisation des intérêts à partir du 26 juin 2012, conformément à l'article 1154 du Code civil, qui permet la capitalisation des intérêts échus après une demande à cet effet.
3. Frais de justice : En vertu de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative, le Conseil d'État a décidé que l'État devait verser une somme de 3 000 euros à la caisse pour couvrir les frais de justice.
Interprétations et citations légales
1. Intérêts moratoires : L'article 1153 du Code civil stipule que "les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une somme d'argent consistent dans la condamnation aux intérêts au taux légal". Le Conseil d'État a interprété cet article pour affirmer que les intérêts doivent courir à partir de la date de réception de la demande de paiement, ce qui a été mal appliqué par la cour d'appel.
2. Capitalisation des intérêts : L'article 1154 du Code civil précise que "les intérêts échus peuvent être capitalisés". Le Conseil d'État a appliqué cette disposition pour permettre la capitalisation des intérêts à partir de la date de la demande enregistrée, renforçant ainsi le droit de la caisse à percevoir des intérêts sur les intérêts.
3. Frais de justice : L'article L. 761-1 du Code de justice administrative prévoit que "la perte de chance de gagner un procès peut donner lieu à une indemnisation". Le Conseil d'État a utilisé cette disposition pour ordonner le versement de 3 000 euros à la caisse, reconnaissant ainsi les frais engagés dans le cadre de la procédure.
En conclusion, le Conseil d'État a corrigé l'erreur de la cour d'appel en fixant la date des intérêts moratoires et en confirmant le droit à la capitalisation des intérêts, tout en allouant des frais de justice à la caisse régionale.