Résumé de la décision
La décision concerne le licenciement de M. D..., un salarié protégé, par la société Papeteries du Léman (PDL). L'inspecteur du travail avait autorisé ce licenciement pour des motifs économiques. M. D... a contesté cette décision devant le conseil de prud'hommes, qui a rejeté sa demande. En appel, la cour d'appel de Chambéry a saisi le tribunal administratif de Grenoble pour examiner la légalité de la décision de l'inspecteur du travail. Le tribunal administratif a déclaré cette décision illégale, ce qui a conduit PDL à se pourvoir en cassation. La décision de la haute juridiction a annulé le jugement du tribunal administratif, soulignant que ce dernier avait méconnu son office en ne contrôlant pas lui-même le bien-fondé du motif économique invoqué.
Arguments pertinents
1. Contrôle de l'inspecteur du travail : Le licenciement d'un salarié protégé ne peut être autorisé que si les motifs économiques sont justifiés. L'inspecteur du travail doit examiner la situation économique de l'ensemble des sociétés du groupe, et non se limiter à une seule entité. La décision souligne que "lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, ce licenciement ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé".
2. Erreurs d'appréciation : Le tribunal administratif a commis une erreur en se limitant à examiner le périmètre d'examen des difficultés économiques au groupe PVL, sans considérer d'autres sociétés détenues par M. A... B... qui pourraient également être pertinentes. La décision précise que "l'inspecteur du travail avait commis une erreur d'appréciation dans la définition du périmètre d'examen des difficultés économiques alléguées".
3. Rôle du juge administratif : Le juge administratif doit contrôler le bien-fondé du motif économique en examinant la situation de l'ensemble des entreprises du groupe. La décision indique que "le tribunal administratif a méconnu son office" en ne procédant pas à cette analyse.
Interprétations et citations légales
1. Code du travail - Article L. 1233-3 : Cet article stipule que pour les licenciements économiques, l'inspecteur du travail doit examiner la situation de l'ensemble des sociétés du groupe. La décision rappelle que "l'autorité administrative est tenue de faire porter son examen sur la situation économique de l'ensemble des sociétés du groupe intervenant dans le même secteur d'activité".
2. Code de justice administrative - Article L. 821-2 : Cet article permet au juge administratif de régler l'affaire au fond lorsque cela est possible. La décision mentionne que "il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de régler l'affaire au fond en application des dispositions de l'article L. 821-2 du code de justice administrative".
3. Ordonnance n° 2017-1387 du 22 septembre 2017 : Cette ordonnance introduit des dispositions relatives à la prévisibilité et à la sécurisation des relations de travail, précisant que seules les entreprises implantées en France doivent être prises en compte dans certaines situations. La décision souligne que "toutes les entreprises ainsi placées sous le contrôle d'une même entreprise dominante sont prises en compte, quel que soit le lieu d'implantation de leur siège".
En conclusion, la décision met en lumière l'importance d'une évaluation exhaustive des motifs économiques dans le cadre des licenciements de salariés protégés, en insistant sur le rôle crucial de l'inspecteur du travail et du juge administratif dans ce processus.