Résumé de la décision
La décision porte sur une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) soulevée par l'Association pour la neutralité de l'enseignement de l'histoire turque concernant l'article 1er de la loi n° 2001-70 du 29 janvier 2001, qui reconnaît publiquement le génocide arménien de 1915. Le Conseil d'État a jugé que les dispositions législatives en question, bien qu'elles reconnaissent un fait historique, n'ont pas de portée normative, ce qui empêche leur qualification d'applicables au litige. Par conséquent, il n'y a pas lieu de renvoyer la question au Conseil constitutionnel.
Arguments pertinents
1. Applicabilité au litige : Le principal argument du Conseil d'État repose sur l'interprétation de l'applicabilité des dispositions législatives en vertu de l'article 23-5 de l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958. Selon le Conseil, "les dispositions d'une loi qui sont dépourvues de portée normative ne sauraient être regardées comme applicables au litige".
2. Décisions antérieures : Afin de soutenir sa position, le Conseil d'État a rappelé une décision antérieure (n° 392400 du 19 octobre 2015), mettant en avant que "une disposition législative ayant pour objet de 'reconnaître' un crime de génocide n'a pas de portée normative". Ce précédent renforce l'idée que la reconnaissance d'un génocide n'équivaut pas à l'établissement d'une réglementation contraignante.
3. Écartement du moyen : En raison du manque d'applicabilité de l'article 1er de la loi du 29 janvier 2001, "sans qu'il soit besoin de renvoyer au Conseil constitutionnel la question prioritaire de constitutionnalité invoquée, le moyen tiré de ce que ces dispositions portent atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution doit être écarté".
Interprétations et citations légales
1. Ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 - Article 23-5 : Cet article précise les conditions dans lesquelles une QPC peut être soulevée. Il est notamment dit que "Le moyen tiré de ce qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution peut être soulevé (...) à l'occasion d'une instance devant le Conseil d'Etat (...)". Cela permet de déterminer la nécessité et la légitimité de renvoyer une telle question au Conseil constitutionnel.
2. Loi n° 2001-70 du 29 janvier 2001 - Article 1er : Cet article stipule que "La France reconnaît publiquement le génocide arménien de 1915". La décision a interprété cet acte comme une déclaration de reconnaissance sans effets normatifs, ce qui signifie qu'il ne crée pas d'obligations juridiques ou réglementaires.
3. Portée normative : Le Conseil d'État a insisté sur le fait que pour qu'une loi puisse être considérée comme applicable au litige, elle doit avoir une portée normative claire, ce qui n'est pas le cas dans cette situation, comme l'illustre la décision antérieure mentionnée.
En somme, le Conseil d'État a refusé de renvoyer la question au Conseil constitutionnel, car les dispositions contestées n'ont pas d'effet contraignant sur le litige, ne respectant pas les conditions d'applicabilité prévues par la loi.