Résumé de la décision
Le syndicat des avocats de France a déposé une requête tendant à l'annulation pour excès de pouvoir d'une délibération adoptée par l'assemblée générale des membres du Conseil national des barreaux en mai 2016, qui portait sur les modalités d'élection des membres du Conseil. Dans sa décision, le tribunal a constaté que cette délibération ne relevait pas du pouvoir réglementaire du Conseil national des barreaux. Par conséquent, le tribunal a rejeté la requête pour incompétence de la juridiction administrative. De plus, il a condamné le syndicat des avocats de France à verser une somme de 3 000 euros au Conseil national des barreaux.
Arguments pertinents
1. Compétence de la juridiction : La décision souligne que, selon la loi du 31 décembre 1971, les litiges concernant les actes du Conseil national des barreaux relèvent principalement du juge judiciaire, excepté ceux liés à son pouvoir réglementaire. Cependant, la délibération en question ne constituait pas un acte pris dans le cadre de ce pouvoir. La cour indique que « la délibération attaquée… est dépourvue de tout caractère normatif et ne constitue pas un acte pris au titre du pouvoir réglementaire ».
2. Absence de lien avec le pouvoir réglementaire : Les modalités d'élection des membres du Conseil national des barreaux sont strictement encadrées par des dispositions légales et réglementaires. Le tribunal énonce que « ni qu'un avis du Conseil national des barreaux serait requis préalablement à la définition de règles relatives aux élections ni, a fortiori, que le pouvoir réglementaire serait lié par un tel avis », signifiant que le Conseil n'était pas tenu de consulter d'autres instances avant d'établir des règles.
Interprétations et citations légales
La décision repose sur une lecture précise des textes législatifs relatifs au fonctionnement du Conseil national des barreaux. Voici les principaux articles évoqués :
- Loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 : Cette loi stipule dans son article 21-2 que les modalités d'élection des membres du Conseil national des barreaux doivent être conformes aux conditions définies par elle-même ainsi que par des décrets ultérieurs. Cela renvoie à une ratification d’un cadre législatif précis mais laisse aussi entendre qu'aucune consultation ne s’avère obligatoire.
- Décret n° 91-1197 du 27 novembre 1991 : Ce décret encadre l’organisation de la profession d’avocat tout en permettant au Conseil national des barreaux de définir certaines modalités. Le tribunal se réfère à des articles 19 et suivants, soulignant que la procédure d'élection ne nécessite pas un processus d'avis préalable formel.
Ces éléments confirment que la délibération attaquée, n'étant pas un acte réglementaire, ne peut relever de la compétence du juge administratif et se trouve par conséquent dans le champ d’application du droit judiciaire, consolidant ainsi l'immunité des procédures internes au Conseil national des barreaux dans la configuration actuelle. Le rejet de la requête s’inscrit donc dans cette logique d’interprétation précise des compétences respectives de chaque juridiction.