Résumé de la décision
La société Lupa Immobilière France a contesté la conformité à la Constitution des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, arguant qu'elles violent le principe d'égalité devant la loi en permettant à l'administration fiscale de modifier la base légale d'une imposition pendant la procédure contentieuse, sans avoir mentionné cette nouvelle base dans la proposition de rectification initiale. Le Conseil d'État, après examen, a conclu qu'il n'y avait pas lieu de renvoyer cette question au Conseil constitutionnel, considérant que la question soulevée n'était pas sérieuse et que les contribuables bénéficiaient des garanties de procédure nécessaires.
Arguments pertinents
1. Conformité du principe d'égalité : Le Conseil d'État affirme que le respect du principe d'égalité n'est pas méconnu parce que les contribuables ont la possibilité de contester devant le juge de l'impôt la validité de l'imposition fondée sur une base légale différente. La jurisprudence en vigueur autorise l'administration à substituer une base légale, tant que les contribuables conservent leurs droits de défense.
Citation pertinente : « les contribuables concernés par une demande de substitution de base légale disposent de la possibilité de débattre contradictoirement, devant le juge de l'impôt, de la régularité et du bien fondé de l'imposition mise à leur charge […]. »
2. Absence de caractère sérieux de la question : La question de la constitutionnalité, selon le juge, n'était pas nouvelle et manquait de sérieux, justifiant ainsi la décision de ne pas transmettre la question au Conseil constitutionnel.
Citation pertinente : « la question soulevée, qui n'est pas nouvelle, est dépourvue de caractère sérieux. »
Interprétations et citations légales
1. Article L. 57 du livre des procédures fiscales : Cet article impose à l'administration fiscale de motiver toute proposition de rectification pour permettre au contribuable de répondre et, s'il le souhaite, d'accepter la rectification. La décision rappelle que, bien que l'administration puisse modifier la base légale en cours de procédure, elle doit garantir que cette modification n'entrave pas les droits des contribuables.
Citation directe : « L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. »
2. Article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 : Cet article pose le principe d'égalité devant la loi. Le Conseil d'État souligne que l'application des dispositions de l'article L. 57 ne désavantage aucun contribuable par rapport à un autre, puisque tous ont accès aux mêmes garanties procédurales.
Citation directe : « … ces contribuables ne sont pas traités, au regard du respect de ces garanties, de manière moins favorable que les contribuables auxquels la base légale jugée pertinente par l'administration a été appliquée dès cette procédure administrative. »
En résumé, le Conseil d'État soutient que les dispositions en question respectent les principes constitutionnels, en offrant aux contribuables des garanties de procédure adéquates, tout en affirmant que la question soulevée ne présente pas de caractère sérieux pour un renvoi au Conseil constitutionnel.