Résumé de la décision :
La société Norma a contesté la qualification fiscale des intérêts versés par un séquestre dans le cadre d'une opération de cession de titres, soutenant que ces intérêts devaient être considérés de manière identique à ceux perçus directement de l'acquéreur en raison d'un paiement différé. Selon la société, cette distinction imposée par l'article 124 du code général des impôts contrevient au principe d'égalité devant la loi tel que prévu par l'article 6 de la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen. Après analyse, le Conseil d'État a conclu que la question prioritaire de constitutionnalité soulevée n'était pas nouvelle et ne présentait pas un caractère sérieux, rejetant ainsi la demande de renvoi au Conseil constitutionnel.
Arguments pertinents :
1. Application des normes constitutionnelles et législatives : La décision établit que le Conseil constitutionnel ne peut être saisi que si la disposition contestée est applicable, qu'elle n'ait pas été antérieurement déclarée conforme et que la question soit nouvelle ou sérieuse. Le Conseil d'État conclut que la question soulevée par la société Norma ne respecte pas ces critères.
2. Qualification des revenus : Le Conseil d'État a précisé que les intérêts produits par le placement des sommes d'argent séquestrées ne sont pas dus au titre des intérêts moratoires mais en tant que "fruits" de la somme séquestrée. L’article 124 du code général des impôts définit ces intérêts comme des revenus de capitaux mobiliers, ce qui est en conformité avec les règles de qualification fiscale.
Citations pertinentes :
- "Par suite, le principe d'égalité devant la loi ne s'oppose pas à ce que l'article 124 du code général des impôts qualifie ces intérêts de revenus de capitaux mobiliers."
3. Distinction entre intérêts moratoires et fruits de la somme séquestrée : Le Conseil souligne que les intérêts dus par l'acquéreur et ceux issus de la somme séquestrée relèvent de régimes différents. Les intérêts moratoires sont considérés comme des éléments accessoires du prix de cession.
Citation pertinente :
- "Les intérêts produits par le placement de la somme d'argent durant la durée du séquestre judiciaire... ne sont pas dus... mais en tant que fruits de la somme séquestrée."
Interprétations et citations légales :
1. Article 61-1 de la Constitution : Il établit la procédure de saisie de la question prioritaire de constitutionnalité, précisant les conditions sous lesquelles le Conseil constitutionnel peut être saisi.
2. Code général des impôts - Article 124 : Cet article précise que certains revenus, comme les intérêts sur les dépôts d'argent, sont considérés comme des revenus de capitaux mobiliers. La interprétation ici indique que ces revenus sont soumis à un régime fiscal spécifique, fondé sur la nature du placement des fonds.
3. Code civil - Articles 1153 et 1961 :
- Article 1153 : Ce texte décrit les obligations dans les cas de paiement d'une certaine somme et précise que les intérêts ne sont dus que dans des circonstances spécifiques.
- Article 1961 : Il stipule que le séquestre est une solution légale pour la libération d'un débiteur, impliquant que la remise des fonds au séquestre exonère l'acquéreur de la responsabilité pour paiement d'intérêts pendant la période de séquestre.
Citations pertinentes :
- "Ni l'acquéreur des titres... ni la personne à laquelle cette somme d'argent a été confiée ne doivent au vendeur des intérêts au taux légal pendant la durée du séquestre."
- "Les dommages-intérêts résultant du retard dans l'exécution ne consistent jamais que dans la condamnation aux intérêts au taux légal..."
En somme, la décision du Conseil d'État met en évidence la distinction juridique entre différentes catégories de revenus et la justification du traitement fiscal distinct, tout en soulignant que les questions soulevées par la société ne respectaient pas les critères de renvoi au Conseil constitutionnel.