Résumé de la décision
La société Melissa, spécialisée dans la vente de spécialités culinaires gréco-turques, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité pour la période du 18 octobre 2003 au 31 décembre 2005. Suite à cette vérification, l'administration fiscale a rehaussé ses impositions à l'impôt sur les sociétés et à la taxe sur la valeur ajoutée. Contestant ces impositions, la société avait obtenu une décharge devant le tribunal administratif de Versailles, mais cette décision a été annulée par la cour administrative d'appel de Versailles, qui a remis les impositions et pénalités à la charge de la société. Le pourvoi formé par la société Melissa devant le Conseil d'État a été rejeté.
Arguments pertinents
1. Évaluation des pièces comptables : La cour a établi que le relevé des ventes, établi postérieurement à la période vérifiée, ne pouvait être considéré comme une pièce comptable se rattachant à la période concernée. Cet argument s'appuie sur le fait que le document a été produit à la demande du vérificateur pour les besoins du contrôle, ce qui ne lui confère pas le statut de pièce comptable valide pour la période vérifiée.
Citation pertinente : « un document établi postérieurement à la période vérifiée ... ne peut être regardé comme une pièce comptable se rattachant à la période vérifiée ».
2. Insuffisances de motivation : La société a critiqué l'arrêt pour insuffisance de motivation sur plusieurs points, notamment concernant la communication des pièces par l'administration fiscale et sur la qualification des factures d'achats. La cour a cependant jugé que ces moyens n'étaient pas suffisants pour établir une annulation de son arrêt.
Citation : « Aucun de ces moyens n'est de nature à justifier l'annulation de l'arrêt attaqué ».
3. Erreur de qualification juridique des faits : La cour a rejeté l'argument de la société selon lequel elle n'avait pas eu l'intention délibérée de se soustraire à l'impôt, arguant que cette question relèverait d'une appréciation souveraine qui ne pourrait pas être revue.
Interprétations et citations légales
1. Le livre des procédures fiscales encadre la vérification de comptabilité, stipulant que la procédure doit garantir les droits du contribuable en lui permettant un débat contradictoire avec le vérificateur. Ces droits sont précisés dans les articles L. 47 et L. 52 du livre des procédures fiscales.
Citation légale : « Cette pratique ne peut avoir pour effet de priver le contribuable des garanties qu'il tient des articles L. 47 et L. 52 du livre des procédures fiscales ».
2. La question de la motivation des décisions administratives est essentielle pour assurer la transparence de la procédure fiscale. Le tribunal souligne que l'insuffisance d'une motivation ne peut, à elle seule, conduire à une annulation si les moyens soulevés ne remettent pas en cause la légalité de la décision.
Énoncé pertinent : « Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance ».
En conclusion, la décision du Conseil d'État illustre les principes de la vérification fiscale et le respect des droits du contribuable, tout en soulignant que l'appréciation des faits et la motivation des décisions relèvent de la souveraineté des juridictions administratives.