Résumé de la décision
Dans cette affaire, la société Crédit industriel et commercial (CIC) a contesté la décision de l'administration fiscale qui lui a refusé un crédit d'impôt sur des dividendes perçus de ses filiales établies dans d'autres États membres de l'Union européenne, car ces dividendes ne relevaient pas du régime fiscal des sociétés mères en vertu de l’article 158 bis du Code général des impôts. Après le rejet de ses demandes par le tribunal administratif et la cour administrative d'appel de Paris, la CIC a porté cette affaire en pourvoi. Toutefois, le tribunal a décidé de surseoir à statuer sur le pourvoi jusqu'à ce que la Cour de justice de l'Union européenne se prononce sur une question préjudicielle en rapport avec la législation européenne, notamment concernant l'application des principes de coopération loyale et d'effectivité.
Arguments pertinents
1. Régularité de l'arrêt attaqué :
- La société CIC a soulevé un moyen tiré de la méconnaissance du principe du caractère contradictoire de la procédure, en raison d'une absence de communication d'éléments nouveaux à l'administration fiscale. Le tribunal a jugé que cette méconnaissance n’avait pas porté préjudice aux droits des parties, car l'administration n'avait pas besoin de ces éléments pour la décision qui rejetait les demandes de la CIC. Il a donc écarté ce moyen, affirmant que la procédure n'était pas entachée d'irrégularité.
2. Erreur de droit et coopération loyale :
- La CIC a affirmé que la cour se fondait à tort sur l'arrêt "Accor" et a violé son obligation de coopération loyale en ne sursis à statuer malgré le lien direct avec la décision de la Cour de justice de l'Union européenne. Le tribunal a reconnu que la question soulevée par la jurisprudence européenne était pertinente et déterminante pour la résolution de cette affaire.
Interprétations et citations légales
1. Article R. 611-1 du Code de justice administrative :
- Cet article établit des règles de communication des mémoires et des pièces entre les parties pour garantir un procès équitable. La décision précise que la méconnaissance de cette obligation est généralement de nature à entacher la procédure, mais que dans le cas de la CIC, "l'absence de communication à l'administration fiscale des mémoires et pièces en cause n'a pu préjudicier ni aux droits de cette dernière, ni à ceux de la société."
2. Principe de droit de l'Union européenne :
- Le tribunal mentionne le principe de "coopération loyale" établi par l'article 4 du Traité sur l'Union européenne, qui impose aux États membres de s'abstenir de toute mesure de nature à compromettre l'efficacité du droit de l'Union. La cour indique que la réponse des juridictions nationales doit suivre cette coopération, en attendant les décisions de la Cour de justice sur des questions préjudicielles.
3. Arrêts de la CJUE :
- La décision se réfère à l'arrêt "Accor" (C-310/09) pour souligner la différence dans le traitement des dividendes selon leur provenance, et elle souligne que le Conseil d'État a demandé une interprétation de cette jurisprudence dans un litige différent, ce qui a conduit à la question préjudicielle en cours (affaire C-416/17).
En somme, le tribunal souligne l'importance des questions préjudicielles à la lumière des décisions de la CJUE pour assurer une application cohérente et juste du droit de l'Union européenne et du droit fiscal français.