Résumé de la décision
La Cour administrative d'appel a été saisie par le ministre des outre-mer d'une requête visant à obtenir un sursis à exécution d'un jugement du Tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie du 17 septembre 2015, qui avait condamné l'État à verser 2 100 000 F CFP à Mme A..., en réparation des préjudices résultant de son évacuation des terres de la tribu d'Unia. La décision rendue a rejeté la demande de sursis en considérant que l'exécution du jugement ne risquait pas d'exposer l'État à une perte définitive des sommes en question, et que les moyens invoqués par le ministre n'étaient pas suffisants pour justifier un sursis.
Arguments pertinents
1. Sur le risque de perte définitive : La Cour a précisé que le ministre des outre-mer n'avait pas établi de manière suffisante que l'exécution du jugement exposait l'État à une perte définitive. Elle a noté que l'argumentation se limitait à la mention d'insolvabilité de certains membres du clan Wede, sans preuve concrète que l'exécution du jugement entraînerait des conséquences difficilement réparables.
> « il ne résulte pas de l'instruction que l'exécution du jugement exposerait l'État à la perte définitive des sommes qui ne devraient pas rester à sa charge »
2. Inadéquation des arguments : Les arguments relatifs à l’insolvabilité des membres du clan et à la possibilité d'autres réparations (notamment par les assureurs) n’ont pas été jugés suffisants. La Cour a conclu que ces considérations ne justifiaient pas un sursis à exécution.
> « l'exécution du jugement ne peut être regardée comme risquant d'entraîner pour l'État des conséquences difficilement réparables »
3. Inapplicabilité des dispositions invoquées : La Cour a également observé que les dispositions de l'article R. 811-15 du code de justice administrative, mentionnées par le ministre, n'étaient pas pertinentes dans ce cas, car elles ne concernaient que le sursis à exécution d'un jugement annulant une décision administrative.
> « ces dispositions ne concernent que le sursis à exécution d'un jugement annulant une décision administrative et ne sont donc pas applicables au présent litige »
Interprétations et citations légales
1. Code de justice administrative - Article R. 811-16 : Cet article stipule que la juridiction peut ordonner un sursis à exécution si l'exécution du jugement en cause expose l'appelant à la perte définitive d'une somme qui ne devrait pas rester à sa charge si ses conclusions sont accueillies. La Cour a souligné que cette condition n'était pas remplie.
> « [...] qu'il soit sursis à l'exécution du jugement déféré si cette exécution risque d'exposer l'appelant à la perte définitive d'une somme qui ne devrait pas rester à sa charge »
2. Code de justice administrative - Article R. 811-17 : Cet article permet un sursis à la demande du requérant si l'exécution risque d'entraîner des conséquences difficilement réparables. La Cour a rejeté cette interprétation, affirmant que les conséquences évoquées par le ministre n'étaient pas suffisamment établies.
> « dans les autres cas, le sursis peut être ordonné à la demande du requérant si l'exécution de la décision de première instance attaquée risque d'entraîner des conséquences difficilement réparables »
En conclusion, la décision rejetant la demande de sursis à exécution a été motivée par l'absence de preuves concrètes quant au risque de perte définitive pour l'État, ainsi que par l'inadéquation des dispositions légales citées.