Résumé de la décision
Cette décision intervient suite à la demande du ministre des outre-mer, qui cherche à obtenir un sursis à exécution d’un jugement rendu par le Tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie le 17 septembre 2015. Ce jugement avait condamné l'État à verser à M. et Mme A... la somme de 1 259 804 F CFP en réparation des préjudices subis suite à leur évacuation de terres coutumières le 14 juillet 2010. La Cour a rejeté la requête du ministre, estimant que les conditions pour accorder un sursis n'étaient pas remplies, notamment parce que la perte des sommes alléguées ne serait pas définitive pour l'État.
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Arguments pertinents
1. Insuffisance de preuve quant à l'insolvabilité des membres du clan Wede :
La Cour note que le ministre ne fournit pas de preuves concrètes pour étayer l'affirmation selon laquelle certains membres du clan Wede seraient insolvables et n'auraient pas d'adresse fixe. La Cour déclare :
> "il ne résulte pas de l'instruction que l'exécution du jugement exposerait l'Etat à la perte définitive des sommes qui ne devraient pas rester à sa charge au cas où ses conclusions tendant à la réformation de ce jugement seraient accueillies."
2. Inapplicabilité de l'article R. 811-15 :
En se fondant sur l'article R. 811-15 du code de justice administrative, le ministre tente d'argumenter que des moyens sérieux existent pour soutenir sa requête. Cependant, la Cour souligne que cet article ne s'applique pas à des jugements portant sur la responsabilité sans faute de l'État :
> "ces dispositions ne concernent que le sursis à exécution d'un jugement annulant une décision administrative et ne sont donc pas applicables au présent litige."
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Interprétations et citations légales
1. Article R. 811-16 du Code de justice administrative :
L'article précise les conditions sous lesquelles un sursis à l'exécution peut être accordé. Il énonce que :
> "Lorsqu'il est fait appel par une personne autre que le demandeur en première instance, la juridiction peut, ... ordonner sous réserve ... qu'il soit sursis à l'exécution du jugement déféré si cette exécution risque d'exposer l'appelant à la perte définitive d'une somme qui ne devrait pas rester à sa charge dans le cas où ses conclusions d'appel seraient accueillies."
La Cour a interprété cet article comme exigeant des preuves solides concernant la perte éventuelle, ce qui n’a pas été démontré dans ce cas.
2. Article R. 811-17 du Code de justice administrative :
Cet article permet d'accorder un sursis si des conséquences difficiles à réparer sont à prévoir. La Cour conclut qu'aucune conséquence de ce type n’est démontrée, déclarant :
> "l'exécution du jugement ne peut être regardée comme risquant d'entraîner pour l'Etat des conséquences difficilement réparables."
Ces articles introduisent donc un cadre strict pour l'octroi de sursis à exécution, mettant l'accent sur la nécessité d’éléments probants pour justifier la demande d'un appelant.
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En conclusion, la décision souligne une application rigoureuse des procédures judiciaires et administratives, insistant sur la charge de la preuve concernant les implications financières pour l'État, tout en indiquant les limites des articles cités dans le cadre d'une demande de sursis à exécution.