Résumé de la décision
La Cour de cassation, dans cet arrêt, répond à une question prioritaire de constitutionnalité transmise par le tribunal de commerce d'Avignon concernant la conformité des articles L. 622-24 et L. 622-26 du Code de commerce avec certains articles de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. Les consorts X... soutenaient que ces dispositions portaient atteinte à l'égalité devant la loi, à la garantie des droits et au principe fondamental de légalité des peines. La Cour conclut qu'il n'y a pas lieu de renvoyer cette question au Conseil constitutionnel, arguant que les dispositions contestées ne présentent pas de caractère sérieux quant à leur conformité à la Constitution.
Arguments pertinents
1. Inapplicabilité de l'article L. 631-8 : La question soulevée ne concernait pas l'article L. 631-8, ce qui montre que le tribunal a respecté l'objet de la demande initiale. La Cour souligne: "il ne lui appartient pas d'en modifier l'objet et la portée".
2. Objectif des dispositions contestées : La Cour précise que les articles L. 622-24 et L. 622-26 visent à "permettre une connaissance rapide du passif" des créanciers. En ce sens, la mesure ne se traduit pas par une distinction injustifiée, car elle ne fait pas de discriminations entre les créanciers.
3. Absence de sanction punitive : Les dispositions n'établissent pas de sanctions ayant le caractère d'une punition mais établissent une responsabilité pour déclarer les créances : "elles n'édictent aucune sanction ayant le caractère d'une punition".
4. Droit au recours juridictionnel effectif : La Cour réaffirme que ces règles n'empêchent pas l'accès à la justice, car elles ne font pas obstacle à un recours en relevé de forclusion exercé même après l'expiration des délais : "ne portent pas une atteinte substantielle au droit à un recours juridictionnel effectif".
Interprétations et citations légales
1. Code de commerce - Article L. 622-24 : Cet article impose aux créanciers de déclarer leurs créances dans un délai stipulé, fixé précisément pour éviter des abus et garantir la rapidité des procédures collectives.
2. Code de commerce - Article L. 622-26 : Cet article sanctionne le défaut de déclaration dans les délais impartis par la non-participation aux répartitions et dividendes, en précisant qu'un délai additionnel est accordé dans certaines circonstances. La Cour précise que l’échappatoire prévue pour les créanciers non informés de leur créance "porte à un an ce délai".
3. Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 - Articles 6, 8 et 16 : Ces articles évoquent le droit à un procès équitable, à la légalité des peines et à la protection des droits des citoyens. La Cour conclut qu’aucun de ces principes n’est gravement affecté par les règles en question.
La décision s'inscrit dans un contexte où le droit doit équilibrer la protection des créanciers et l'efficacité des procédures collectives, et démontre que les critères de constitutionnalité ne sont pas satisfaits dans ce cas particulier.