Résumé de la décision
Dans l'affaire contenant le pourvoi n° N 21-13.251, M. et Mme [O], propriétaires d'une maison assurée par la société Garantie mutuelle des fonctionnaires (GMF), ont contesté auprès de la Cour de cassation la décision de la cour d'appel de Riom qui avait déclaré irrecevable leur action en paiement, considérée comme prescrite. Les époux ont formulé des questions prioritaires de constitutionnalité concernant la conformité de l'article L. 114-1 du code des assurances, qui impose un délai de prescription de deux ans aux actions visant à obtenir des indemnités d’assurance pour des assurés non professionnels, contrairement à un délai quinquennal applicable à d'autres types d'actions. La Cour de cassation a décidé de renvoyer ces questions au Conseil constitutionnel, estimant qu'elles présentent un caractère sérieux pouvant remettre en question le principe d'égalité garantissant les droits des justiciables.
Arguments pertinents
1. Différence de traitement dans les délais de prescription : La Cour a souligné une disparité dans le traitement des assurés non professionnels par rapport aux consommateurs en général, qui sont soumis à un délai de prescription de cinq ans selon le Code civil - Article 2224. Cela a suscité des questions sur l'éventuelle violation du principe d'égalité devant la loi. La Cour a noté que
> "cette disposition contestée [...] porte atteinte au principe d'égalité garanti par l'article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen".
2. Position de faiblesse des assurés : Le jugement indique que les assurés se trouvent en position de faiblesse face aux assureurs, et que la différence de traitement n'est pas justifiée par un motif d'intérêt général. Cette reconnaissance d'une inégalité de traitement a été marquée par l'affirmation que
> "la différence ainsi instaurée ne paraît pas justifiée par un motif d'intérêt général".
Interprétations et citations légales
- Article L. 114-1 du code des assurances : Celui-ci prévoit un délai de prescription de deux ans pour les actions dérivant des contrats d'assurance entre assurés non professionnels et assureurs. La Cour interprète cet article comme pouvant poser question au regard de l'équité des délais applicables aux consommateurs.
- Code civil - Article 2224 : Ce texte contient la règle de droit commun sur le délai de prescription de cinq ans pour les actions en justice basées sur des contrats. La Cour a mis en exergue cette différence de manière à établir une comparaison qui pourrait démontrer une rupture d'égalité dans le traitement des consommateurs.
- Déclaration des droits de l'homme et du citoyen : La renvoi au principe d’égalité devant la loi, notamment au regard de l'article 6, est central dans cette décision. La Cour note que le texte assure l'équilibre des droits :
> "instaure une rupture d'égalité entre les justiciables".
Conclusion
La décision de la Cour de cassation de renvoyer les questions prioritaires de constitutionnalité au Conseil constitutionnel se fonde sur la constatation d'une possibilité de violation des principes d'égalité et de protection des droits de la défense au sein des actions en justice en matière d'assurance. La différence de traitement liée aux délais de prescription pour les assurés non professionnels par rapport aux consommateurs en général soulève des interrogations profondes sur la conformité des lois en vigueur avec les principes constitutionnels.