Résumé de la décision
Dans cette affaire, la société Editions du Seuil et M. X... sont poursuivis par les consorts Y... et Z... pour atteinte à leur vie privée suite à la publication d'un roman. Ils ont soulevé une question prioritaire de constitutionnalité portant sur l'article 9 du Code civil, concernant les règles de prescription applicables aux actions en réparation des atteintes à la vie privée. La Cour de cassation a déclaré cette question irrecevable, précisant qu'elle ne pouvait reexaminer l'interprétation d'une disposition législative par le Conseil constitutionnel.
Arguments pertinents
1. Irrecevabilité de la question : La Cour souligne que la question posée ne cible pas la constitutionnalité de l'article 9 du Code civil lui-même, qui a été maintes fois déclaré conforme à la Constitution. Au contraire, elle évoque une problématique d'interprétation jurisprudentielle qui ne peut être remise en cause dans ce cadre. La Cour affirme que "la question est irrecevable".
2. Distinction entre jurisprudence et législation : La Cour indique qu'il n'appartient pas à la Cour de cassation de modifier une interprétation concernant une disposition législative précise, et que la soumission des actions à un droit commun procédural est une question d'interprétation et non de contestation de la loi en elle-même.
3. Absence de contestation sur les dispositions précises : La Cour note que les requérants ne contestent pas la constitutionnalité des articles 65 et 53 de la loi du 29 juillet 1881 qu'ils citent, mais se plaignent plutôt d'une application jugée insuffisante de ces textes.
Interprétations et citations légales
1. Article 9 du Code civil : Cet article garantit le droit de chacun au respect de sa vie privée. La Cour de cassation a rappelé que la substance de cet article a été confirmée conforme à la Constitution, indiquant ainsi que la jurisprudence régissant son application ne se limite pas à la question des délais de prescription.
2. Informer sur la nature procédurale : La Cour critique l'argumentation des requérants comme étant principalement axée sur la nature procédurale des actions pour atteinte à la vie privée, en affirmant que "la contestation doit concerner la portée que donne à une disposition législative précise l'interprétation qu'en fait la juridiction suprême".
3. Conformité aux exigences constitutionnelles : La décision rappelle les exigences des textes constitutionnels en matière de contestation de la législation. Le Conseil constitutionnel est l'organe destiné à statuer sur la constitutionnalité des lois, et les références à des articles spécifiques de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (article 11, article 6, article 16) ne suffisent pas à établir la base d'une irrecevabilité.
Dans l'ensemble, la décision de la Cour de cassation souligne le cadre rigide dans lequel s'inscrit la procédure de question prioritaire de constitutionnalité et la nécessité d'aborder des actes législatifs ou réglementaires contestés en privilégiant la voie appropriée.