Résumé de la décision
La Cour de cassation, dans son arrêt du 10 juillet 2012, a été saisie d'une question prioritaire de constitutionnalité concernant l'article L. 13-8 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique. Cette disposition interdit au juge de l'expropriation de renvoyer au juge administratif une question préjudicielle sur la validité d'un acte administratif, tel qu'un plan local d'urbanisme, affectant l'indemnité de l'exproprié. La cour estime que cette interdiction pourrait porter atteinte au droit à un recours juridictionnel effectif, garanti par l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, et décide donc de transmettre la question au Conseil constitutionnel pour clarification.
Arguments pertinents
1. Incompatibilité avec le recours juridictionnel effectif : La Cour souligne que l'article L. 13-8 limite la capacité du juge d'expropriation à examiner la validité d'un acte administratif, ce qui peut nuire au droit à un recours effectif. « […] pourrait être considéré comme portant une atteinte excessive au droit à un recours juridictionnel effectif, résultant de l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. »
2. Caractère sérieux de la question posée : La Cour estime que le texte contesté présente un caractère sérieux, reflétant l'importance de la question de la protection des droits des individus face à des actes administratifs pouvant avoir des répercussions sur leurs situations.
3. Expiration des délais de recours : La décision souligne que même si les délais pour contester l'acte administratif sont expirés, le juge de l'expropriation est contraint de fixer une indemnité sans avoir pu examiner les éléments de contestation pertinents.
Interprétations et citations légales
L'article L. 13-8 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique, qui stipule que le juge de l'expropriation ne peut se saisir de questions préjudicielles sur la validité d'actes administratifs, soulève des interrogations quant à son interaction avec les droits fondamentaux :
- Code de l'expropriation - Article L. 13-8 : « Le juge de l'expropriation ne peut saisir le juge administratif d'une question préjudicielle portant sur la validité d'un acte administratif. »
La décision évoque les articles de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 qui garantissent les droits fondamentaux :
- Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 - Article 16 : « Toute société dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n'a point de Constitution. »
La question posée renvoie ainsi à la conformité de l'article L. 13-8 avec ces principes fondamentaux, en examinant s'il ne crée pas un obstacle injustifié au droit d'accès à la justice et à un recours effectif pour les justiciables. La Cour décide donc de transmettre cette question au Conseil constitutionnel pour évaluation.