Résumé de la décision
La Cour de cassation, dans un arrêt du 12 juin 2024, a statué sur une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) soumise par M. [X] [R] à l'occasion de son pourvoi contre une ordonnance relative à une réduction de peine. La question posée portait sur la conformité de l'article 712-12 du code de procédure pénale au droit d'exercer un recours juridictionnel effectif, comme garanti par l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. La Cour a décidé qu'il n'y avait pas lieu de renvoyer cette question au Conseil constitutionnel, considérant qu'elle ne présentait pas de caractère sérieux.
Arguments pertinents
1. Absence de délai fixé pour statuer : La question remettait en cause le fait qu'aucun délai déterminé n'était imparti au président de la chambre de l'application des peines pour rendre sa décision sur les recours concernant les réductions de peine. M. [X] [R] soutenait que cela pouvait aboutir à une situation où un détenu aurait déjà purgé toute sa peine avant que la décision ne soit prise, rendant ainsi son recours inopérant.
2. Jurisprudence du Conseil constitutionnel : La Cour rappelle que le Conseil constitutionnel, dans sa décision n° 2019-791 QPC, a affirmé qu'un délai non prescrit pour statuer n’entraîne pas en soi une méconnaissance des droits garantis, précisant qu'il revient au juge de statuer dans le délai le plus court possible, en fonction de l’urgence de la demande.
> "Il revient, en ce cas, au juge de tenir compte du degré d'urgence de la demande qui lui est soumise et de statuer dans le délai le plus bref possible."
3. Application par la Cour de cassation : La Cour a confirmé que les juges, même sans texte fixant une limite, doivent toujours statuer dans un délai utile. Ceci implique une obligation d’agir rapidement face aux demandes des détenus.
Interprétations et citations légales
Le cœur de l'analyse repose sur l'interprétation de l'article 712-12 du code de procédure pénale, qui ne fixe pas de délai pour le président de la chambre de l'application des peines. Cette disposition envisagée en lien avec l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme laisse place à des interprétations sur l'effectivité des recours. Bien que la question ait été soumise sous l'angle d'une présumée inconstitutionnalité, la Cour a jugé que :
- La non-fixation de délai par le législateur ne constitue pas une atteinte à l’article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen car le juge doit, en tout état de cause, s'efforcer de statuer promptement.
Il est intéressant de noter que cette décision s'inscrit dans la continuité d'une interprétation restrictive des droits des détenus face aux délais administratifs, tout en maintenant que le principe de l'urgence doit présider au traitement de tels appels.
En résumé, la Cour a souligné la responsabilité des juges dans la gestion des délais lorsqu'aucune directive légale ne les encadre, préservant ainsi un certain équilibre entre le pouvoir législatif et l’efficacité du recours judiciaire pour les détenus.