Résumé de la décision
La Cour de cassation, par son arrêt n° 561 F-D du 13 juin 2024, a prononcé la cassation de l'arrêt rendu le 23 septembre 2021 par la cour d'appel de Rouen qui avait partiellement infirmé le jugement de première instance au détriment de M. [U]. La société Macif, se plaignant d'avoir indûment réglé une somme supérieure à ce qu'elle devait, avait demandé une compensation judiciaire entre une créance de restitution et une rente viagère due à M. [U]. La Cour de cassation a considéré que la cour d'appel avait mal appliqué le principe selon lequel le paiement se prouve par tous moyens, en écartant le décompte établi par la société.
Arguments pertinents
L'arrêt souligne la distinction entre la preuve d'un fait juridique et le principe interdisant à une personne de se constituer preuve à soi-même. Le moyen de cassation soulevé par la société Macif repose sur l’idée que « le principe selon lequel nul ne peut se constituer de preuve à soi-même n'est pas applicable à la preuve d'un fait juridique », ce qui signifie que la société pouvait établir la réalité de son paiement par d'autres preuves que son propre décompte. La Cour conclut donc que la cour d'appel a violé l'article 1353 du Code civil, qui stipule que « celui qui réclame l'exécution d'une obligation doit la prouver », tout en précisant que dans le cadre du paiement, « ce dernier se prouve par tout moyen » (Code civil - Article 1342-8).
Interprétations et citations légales
La décision se fonde sur l'interprétation des articles 1353 et 1342-8 du Code civil, comme suit :
- Code civil - Article 1353 : « Celui qui réclame l'exécution d'une obligation doit la prouver ». Cet article impose à la partie qui se prévaut d'un droit de le justifier, ce qui dans cette affaire, aurait dû inclure la possibilité pour la société Macif de prouver le paiement par tous moyens.
- Code civil - Article 1342-8 : « Le paiement se prouve par tout moyen ». Cette disposition permet à une partie de démontrer l'exécution de son obligation par divers types de preuves, ce qui contredit la position de la cour d'appel qui a rejeté le décompte de la société pour un motif trop restrictif.
La Cour de cassation a donc corrigé la lecture restrictive appliquée par la cour d'appel, précisant que le principe interdisant à une partie de se constituer de preuve à soi-même n'est pas un obstacle à la preuve d'un paiement, considérée ici comme un fait juridique. En affirmant cela, la Cour a clairement établi que la nature du fait à prouver (ici, le paiement) et la manière dont il peut être prouvé sont fondamentales dans l'appréciation des demandes de compensation judiciaire.