Résumé de la décision :
La Cour de cassation, dans son arrêt du 15 mars 2012, a été saisie d'un pourvoi par Mme Y... veuve X... et Stéphane X... contre l'ordonnance du juge de l'expropriation du département de l'Isère, qui ordonnait le transfert de propriété de parcelles leur appartenant à la société d'économie mixte Territoires 38. Les demandeurs contestaient la conformité des articles L. 12-1 et L. 12-2 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique avec les articles 6, 16 et 17 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. La Cour a estimé que les dispositions contestées étaient applicables au litige, mais elle a décidé de renvoyer la question prioritaire de constitutionnalité au Conseil constitutionnel, soulignant le caractère non contradictoire de la procédure suivie devant le juge de l'expropriation.
---
Arguments pertinents :
La décision repose sur plusieurs éléments juridiques essentiels :
1. Applicabilité des dispositions contestées : La Cour a constaté que le litige était directement concerné par l’ordonnance relative au transfert de propriété, ce qui a justifié l'application des articles en question. Par conséquent, la position des demandeurs était recevable.
2. Non-sérieux de certaines questions : La Cour a estimé que "les questions posées ne présentent pas un caractère sérieux" en raison de la légalité des procédures établies pour l'expropriation, notamment l'existence d'un arrêté de déclaration d'utilité publique et d'un arrêté de cessibilité qui ne sont pas susceptibles de recours suspensif. Elle a rappelé que la dépossession ne peut être effectuée que dans certains cas, après la constatation de l'utilité publique.
3. Atteinte aux droits de la défense : L'argument concernant le caractère non contradictoire de la procédure a été jugé "sérieux". Cela soulève des doutes quant à la conformité avec les principes des droits de la défense et du procès équitable, stipulés à l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789.
---
Interprétations et citations légales :
L’arrêt met en lumière des points importants des textes législatifs concernés :
- Code de l'expropriation pour cause d'utilité publique - Article L. 12-1 : Cet article impose qu'un arrêté de déclaration d'utilité publique soit émis avant la prononciation de l'ordonnance d'expropriation. La non-prévision d'une procédure contradictoire à ce stade fait l'objet d'une contestation.
- Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 - Article 6 : Cet article assure le droit à un procès équitable, étant donné qu'il stipule que "toute personne accusée d'un acte doit être présumée innocente jusqu'à ce qu'il ait été prouvé coupable". Le caractère non contradictoire de la procédure suscite donc des questions sur le respect de ce droit.
- Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 - Article 16 : Cet article renforce le principe que toute société dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs établie, n'a point de Constitution.
Ainsi, la concentration de la Cour sur le risque d'atteinte aux droits de la défense et au principe d'un procès équitable dans le cadre de l'expropriation souligne une préoccupation pour l'équilibre entre l'utilité publique et la protection des droits des propriétaires expropriés.