Résumé de la décision
La Cour de cassation, en date du 16 janvier 2013, a cassé l'arrêt de la cour d'appel de Grenoble qui avait déclaré la société L'Allexoise irrecevable en son action en nullité d'un contrat de crédit-bail immobilier signé le 14 novembre 1990 avec la commune de Portes-lès-Valence. La cour d'appel avait argumenté que la nullité d'ordre public ne pouvait être invoquée que par la collectivité publique, et non par le cocontractant, en soulignant que la société cherchait uniquement à échapper à ses obligations contractuelles. La Cour de cassation, quant à elle, a affirmé que la nullité pouvait être invoquée par toute personne justifiant d'un intérêt légitime, et, par conséquent, a annulé la décision de la cour d'appel.
Arguments pertinents
1. Nullité absolue de l'acte : La Cour a statué que la méconnaissance des dispositions d’ordre public relatives à la compétence de l’autorité signataire entraine une nullité absolue du contrat litigieux, justifiant ainsi l’intérêt de la société à agir, même si elle était cocontractante. La décision souligne ce point en déclarant : « la méconnaissance des dispositions d'ordre public [...] est sanctionnée par la nullité absolue ».
2. Droit d'invoquer la nullité : Le dispositif de la cour d'appel, qui conditionne l’invocation de la nullité à la seule collectivité publique, a été jugé erroné. La Cour de cassation a défendu le principe selon lequel « le droit d'invoquer une nullité absolue est ouvert à toute personne qui y a intérêt », ce qui inclut le cocontractant.
3. Impact de la prescription : La jurisprudence a également abordé la question de la prescription trentenaire attachée à la nullité absolue, stipulée dans l'ancien article 2262 du Code civil, soulignant que cela ne justifie pas la prohibition d'une action en nullité.
Interprétations et citations légales
1. Articles concernés : Les articles du Code civil et du Code général des collectivités territoriales jouant un rôle central dans cette décision incluent :
- Code civil - Article 1108 : Cet article stipule les conditions de formation des contrats, ce qui a été appliqué pour démontrer que la nullité d'un acte peut être invoquée en cas de méconnaissance des règles de compétence des signataires.
- Code général des collectivités territoriales - Article L. 2121-29 : Ce texte dispose que les actes des collectivités publiques doivent répondre à des conditions de validité qui, si elles sont méconnues, entraînent la nullité de l’acte.
- Code général des collectivités territoriales - Article L. 2131-1 : Cet article précise les conséquences de l'absence de conformité des actes aux règles de compétence.
2. Citations directes : La cour a affirmé que « la nullité, même d'ordre public, qui peut affecter ce contrat étant édictée au seul profit de la collectivité publique » n’est pas limitative à celle-ci, car toute personne légitimement intéressée peut l'invoquer. Cela marque une interprétation favorable à l’accès à la justice pour des cocontractants lorsque des normes fondamentales ont été violées.
En résumé, cette décision de la Cour de cassation clarifie la position sur le droit d'invoquer la nullité d'un acte administratif par les cocontractants, affirmant que toute atteinte aux règles d'ordre public peut être contestée, indépendamment de la qualité de partie au contrat litigieux.