Résumé de la décision
La Cour de cassation, dans un arrêt du 16 septembre 2014, a confirmé la décision de la cour d'appel de Besançon qui avait condamné Mme Y... à restituer au liquidateur judiciaire la somme de 163 274 euros, correspondant aux dividendes perçus depuis la cession de parts sociales acquises d’un débiteur en liquidation judiciaire. L'arrêt a jugé que la vente des parts était inopposable à la liquidation judiciaire, sans qu'il soit nécessaire d'examiner la bonne foi de l'acquéreur.
Arguments pertinents
1. Inopposabilité de l'acte à la procédure collective : La cour d'appel a retenu que, selon l'article L. 622-9 du Code de commerce (dans sa version antérieure à la loi du 26 juillet 2005), les actes réalisés en violation du dessaisissement du débiteur sont inopposables à la procédure collective. La bonne foi de l'acquéreur n'était pas à considérer dans ce contexte, ce qui a entraîné l’obligation pour Mme Y... de restituer les dividendes.
> « l'article L. 622-9... entraîne l'inopposabilité à la procédure collective de l'acte conclu en méconnaissance du dessaisissement du débiteur sans qu'il y ait lieu de rechercher si le ou les tiers concernés sont de bonne foi. »
2. Qualité des dividendes perçus comme fruits : La cour d'appel a observé que les dividendes, fruit de la propriété des parts sociales, doivent réintégrer l'actif du cédant (debiteur en liquidation), soulignant que ces dividendes ne pouvaient être considérés comme appartenant à Mme Y... en tant que possesseur de bonne foi, en raison de la nature irrégulière de la cession.
> « les dividendes encaissés par la cessionnaire des parts doivent réintégrer l'actif... en droit, n'ont pu quitter le patrimoine du cédant. »
Interprétations et citations légales
1. Article L. 622-9 du Code de commerce : Cet article établit que les actes pris en violation des règles de dessaisissement d’un débiteur en liquidation judiciaire sont inopposables à la procédure collective, renforçant le principe selon lequel la protection des créanciers prime sur les droits des tiers (comme l'acquéreur des parts).
> Code de commerce - Article L. 622-9 : "Sont inopposables à la procédure collective les actes accomplis par le débiteur en méconnaissance de son dessaisissement."
2. Articles 549 et 550 du Code civil : Ces articles, relatifs aux effets de la possession de bonne foi sur les fruits, ont été mis en œuvre pour contester la restitution des dividendes. Toutefois, la Cour a précisé que ces dispositions sont inapplicables dans le cadre de la liquidation judiciaire, car la cession elle-même était déjà irrégulière.
> Code civil - Article 549 : "Le propriétaire d'un bien a le droit de revendiquer les fruits de ce bien contre le possesseur."
> Code civil - Article 550 : "Le possesseur de bonne foi fait siens les fruits de la chose possédée."
3. Article 1626 du Code civil : Cet article stipule que le vendeur doit garantir l'acquéreur contre les évictions. Cependant, la cour d'appel a jugé que Mme Y... ne faisait pas l'objet d'une éviction au sens du droit, car la cession était irrégulière dès son origine, ce qui ne donnait pas lieu à garantir l'acquéreur par le cédant.
> Code civil - Article 1626 : "Le vendeur est tenu à garantir l'acheteur contre l'éviction."
En somme, la décision de la Cour de cassation a souligné l'importance des règles de procédure collective et l'inopposabilité des actes réalisés en violation de celles-ci, indépendamment de la bonne foi des parties concernées.