Résumé de la décision
Dans cette affaire, la société allemande Behringwerke a concédé à la société Genentech, basée dans l'État du Delaware, une licence mondiale non exclusive pour utiliser une biotechnologie. Suite à l'annulation d'un brevet associé, Genentech a cessé de payer les redevances. En conséquence, la société Sanofi-Aventis Deutschland, filiale de Hoechst (aux droits de Behringwerke), a initié une procédure d'arbitrage, obtenant une sentence partielle en sa faveur. Le litige a ensuite été porté devant la cour d'appel de Paris, qui a décidé de poser une question préjudicielle à la Cour de justice de l'Union européenne. Les sociétés Hoechst et Sanofi-Aventis Deutschland ont contesté cette décision, entraînant un pourvoi en cassation, finalement déclaré irrecevable par la Cour de cassation au motif qu'aucun excès de pouvoir n'était caractérisé.
Arguments pertinents
La Cour de cassation a retenu plusieurs arguments juridiques au sujet de la recevabilité du pourvoi :
1. Usage de la faculté de poser une question préjudicielle : La cour d'appel a agi conformément à l'article 267 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, lui permettant de demander une interprétation. La Cour de cassation souligne que la cour d'appel n'a pas procédé à un contrôle sur le fond, se contentant d'exercer cette prérogative.
> "la cour d'appel, qui n'a procédé à aucun contrôle de la sentence au regard de l'article 1520, 5°, du code de procédure civile, n'a fait qu'user de la faculté qui lui était offerte par l'article 267 susvisé."
2. Absence de caractère d'excès de pouvoir : Les griefs soulevés par les sociétés Hoechst et Sanofi-Aventis Deutschland n’ont pas été jugés suffisants pour établir un excès de pouvoir de la part de la cour d'appel, rendant le pourvoi en cassation irrecevable.
> "les griefs invoqués ne caractérisant pas un excès de pouvoir, le pourvoi en cassation formé indépendamment de la décision sur le fond est, en l'absence de dispositions spéciales de la loi, irrecevable."
Interprétations et citations légales
La décision repose sur l'interprétation de plusieurs textes de loi :
1. Article 267 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne : Cet article autorise les juridictions nationales à poser des questions préjudicielles concernant l'interprétation du droit de l'Union européenne. Cet article joue un rôle clé dans le dialogue entre les cours nationales et la Cour de justice de l'Union européenne.
2. Code de procédure civile - Article 1520 : Cet article prévoit les cas dans lesquels un pourvoi peut être formé contre des décisions d'arbitrage, notamment le contrôle des sentences arbitrales. La Cour de cassation a fait référence à ce texte pour noter que la cour d'appel ne s'est pas immiscée dans le contrôle de la sentence arbitrale.
En somme, la décision de la Cour de cassation est marquée par le respect des facultés accordées par le droit de l'Union européenne aux juridictions nationales, tout en soulignant les limites et conditions de recevabilité du pourvoi. Cela illustre l'interaction entre les niveaux de juridiction et le cadre normatif européen.