Résumé de la décision
Dans cette affaire, le ministre de l'économie a saisi le tribunal de commerce de Rennes pour faire valoir que le Groupement d'achats des centres Leclerc (GALEC) engageait des pratiques restrictives de concurrence en violation de l'article L. 442-6 du code de commerce. Il a demandé la constatation du caractère illicite de ces pratiques, l'annulation de contrats avec deux fournisseurs (Locmaria et Gaillard Patissier), ainsi que de faire cesser ces pratiques, en sus d'une amende civile. Le GALEC a contesté la compétence territoriale du tribunal, soutenant que l'action devait être portée devant la juridiction de son siège social. La cour d'appel a jugé que le tribunal de commerce de Rennes était compétent en se fondant sur la nature quasi délictuelle de l'action du ministre. La Cour de cassation a rejeté le pourvoi du GALEC, confirmant la décision de la cour d'appel.
Arguments pertinents
1. Nature de l'action : La cour d'appel a relevé que l'action du ministre, bien qu'initiée dans le cadre de pratiques commerciales, vise la cessation de comportements anticoncurrentiels et a pour but la protection de l'ordre public économique. Elle définit donc cette action comme quasi délictuelle.
Citation clé : « l'action autonome du ministre chargé de l'économie [...] revêt la nature d'une action en responsabilité quasi délictuelle ».
2. Compétence territoriale : La cour a jugé qu'en raison de la nature de l'action, le ministre pouvait saisir la juridiction de son choix : soit celle du domicile du défendeur, soit celle du lieu du fait dommageable, soit celle où le dommage a été subi. Cela confirme que le tribunal de Rennes était compétent.
Citation clé : « il peut former sa demande, à son choix, devant la juridiction du domicile du défendeur, celle du lieu du fait dommageable ou celle du lieu dans le ressort de laquelle le dommage a été subi ».
Interprétations et citations légales
1. Interprétation de l'article L. 442-6 du code de commerce : Cet article impose une protection contre les pratiques restrictives de concurrence. Il est interprété comme ouvrant la voie à une action du ministre pour la protection de l'ordre public économique, et non seulement pour le droit des victimes.
Citation directe : « engage la responsabilité de son auteur… », ce qui souligne que l’action vise à sanctionner des comportements jugés nuisibles pour la collectivité.
2. Code de procédure civile - Articles 42 et 46 : L'article 42 précise les règles de compétence territoriale des juridictions et l'article 46, en son alinéa 3, clarifie les cas où une action peut être portées devant la juridiction du lieu d’où le fait dommageable est tiré. Cependant, la cour a déterminé que cette action ne rentrait pas dans le cadre des actions délictuelles ordinaires, compte tenu de sa finalité.
Citation clé : « l’action du ministre [...] qui vise au rétablissement de l'ordre public économique, ne procède pas du droit subjectif des victimes mais tend à la nullité absolue de pratiques contraires à l’ordre public économique ».
Ainsi, la cour a bien fait ressortir la spécificité de l'action du ministre en matière de concurrence, et en a tiré les conséquences juridiques sur la détermination de la compétence territoriale.