Résumé de la décision
La Cour de cassation, chambre criminelle, a examiné les pourvois formés par la société Ryanair contre des décisions des cours d'appel relatives à plusieurs infractions, notamment le travail dissimulé et l'entrave au fonctionnement des instances représentatives du personnel. L’assemblée plénière de la Cour de cassation avait déjà renvoyé une question à la Cour de justice de l'Union européenne pour clarifier l'effet d'un certificat E101 sur les juridictions d'un État membre. Suite à la réponse de la Cour de justice, la Cour de cassation a décidé de surseoir à statuer sur l'affaire jusqu'à ce que les parties puissent déposer leurs mémoires ou observations complémentaires. L'affaire a été renvoyée à l’audience du 23 mai 2018.
Arguments pertinents
La décision se base principalement sur l’interprétation des règlements européens concernant la sécurité sociale des travailleurs salariés qui se déplacent au sein de l'Union européenne. En substance, la Cour a statué que :
1. Effet contraignant du certificat E101 : Selon l'arrêt de la CJUE, "un certificat E101 délivré par l'institution désignée par l‘autorité compétente d'un Etat membre [...] lie tant les institutions de sécurité sociale de l'Etat membre dans lequel le travail est effectué que les juridictions de cet Etat membre". Ce principe souligne l'importance des certificats E101 pour la régulation du travail salarié au sein de l’UE, malgré des conditions de travail qui pourraient ne pas être conformes aux règlements.
2. Suivi de la procédure : La nécessité de renvoyer l'affaire pour permettre le dépôt de mémoires complémentaires souligne le respect du droit à un procès équitable et le besoin de clarifications supplémentaires basées sur les nouvelles interprétations européennes.
Interprétations et citations légales
L’affaire évoque plusieurs textes de loi importants :
- Règlement CEE n° 1408/71 : Ce règlement régule l'application des régimes de sécurité sociale aux travailleurs se déplaçant à l'intérieur de la Communauté européenne. L'article 14, paragraphes 1 et 2, établit les conditions sous lesquelles les travailleurs peuvent être assujettis à la législation sociale d'un État membre.
- Règlement CEE n° 574/72 : Ce règlement fixe les modalités d’application du précédent et prévoit la délivrance de certificats, comme le certificat E101. L'article 12 bis, point 1 bis, interprété par la CJUE, précise le caractère obligatoire de ces certificats.
Une citation pertinente de la décision de la CJUE stipule que : “l'article 12 bis, point 1 bis, du règlement CEE n° 574/72 [...] doit être interprété en ce sens qu'un certificat E101 [...] lie tant les institutions de sécurité sociale de l'Etat membre [...] que les juridictions de cet Etat membre."
En conclusion, cette affaire souligne l'importance des décisions de la CJUE dans le cadre des règles de sécurité sociale de l'UE, ainsi que le rôle des juridictions nationales dans l'application de ces règles. La Cour de cassation a agi avec prudence en attendant la présentation de mémoires supplémentaires après la réponse de la CJUE.