Résumé de la décision
Dans cette affaire, la société Smurfit Kappa a refusé de verser à son salarié, Monsieur X..., deux jours d'intéressement et un quantième du treizième mois en raison de ses absences provoquées par des grèves. Le conseil de prud'hommes a condamné la société à lui verser ces sommes, considérant que cette retenue constituait une discrimination. La Cour de cassation a cassé le jugement, estimant que l'employeur pouvait légitimement tenir compte des absences, y compris celles dues à la grève, tant que les conditions s'appliquaient de manière équivalente aux autres types d'absences.
Arguments pertinents
1. Droit de grève et discrimination : La Cour de cassation a rappelé que, selon l'article L. 2511-1 du code du travail, "l'exercice du droit de grève ne peut donner lieu à aucune mesure discriminatoire". Cependant, elle a précisé que les réactions des employeurs face aux absences, même motivées par la grève, peuvent être justifiées sous certaines conditions.
2. Égalité de traitement : Le jugement de première instance a été infirmé car la Cour a souligné que les règles définies dans l'accord d'entreprise ne faisaient pas de distinction entre les différentes types d'absences, hormis celles liées aux accidents de travail. Elle a conclu que, puisque l'employeur avait appliqué une retenue pour les absences liées à la grève de la même manière que pour d'autres types d'absences, cela ne constituait pas une mesure discriminatoire.
3. Conséquences de l'absence : La Cour a affirmé que toutes les absences, à l'exception de celles légalement assimilées à un temps de travail effectif, devaient entraîner les mêmes conséquences quant à l'attribution des primes et des congés, ce qui justifiait la retenue sur les sommes dues.
Interprétations et citations légales
1. Article L. 2511-1 du Code du travail : Cet article stipule que "l'exercice du droit de grève ne peut donner lieu à aucune mesure discriminatoire", ce qui vise à protéger les salariés contre des conséquences financières suite à l'exercice de ce droit. Toutefois, la Cour a précisé que cette protection n'était pas sans limite, notamment en ce qui concerne l'attribution d'avantages basés sur l'assiduité.
2. Accord d'entreprise de 1982 : Cet accord, établi le 2 juin 1982, stipule que "les personnels dont le taux d'absentéisme individuel, absences pour accident de travail exclues, est égal ou inférieur au taux fixé [...] bénéficient de jours de congés supplémentaires". La Cour a noté que toutes les absences entraînant des conséquences similaires sur l'attribution des congés ou primes ne pouvaient, en conséquence, pas être considérées comme discriminatoires.
3. Conclusion de la Cour de cassation : Par une "fausse application" du texte du code du travail, le conseil de prud'hommes a mal interprété la non-discrimination, malgré le fait que l'employeur ait agi conformément aux règles établies dans l'accord d'entreprise concernant l'absentéisme, renforçant l'idée que l'application des règles pouvait être juste même en cas d'absences pour grève, à condition qu'elles soient appliquées de manière équitable.
En conclusion, cette décision met en lumière l'équilibre entre le droit de grève des employés et les règles d'assiduité mises en place par l'employeur, tout en affirmant la légitimité de l’application uniforme de règles de présence dans le cadre d’avantages liés à cette assiduité.