Résumé de la décision
Les consorts C..., G... et J... ont contesté un jugement du tribunal administratif de Bordeaux qui avait rejeté leur demande d'annulation d'un arrêté préfectoral déclarant un logement comme insalubre et leur imposant des travaux à réaliser dans un délai de sept mois. Les requérants ont demandé l'annulation de l'arrêté et, à titre subsidiaire, une prolongation du délai à dix-huit mois à compter du départ de l'occupant. La cour a confirmé le jugement du tribunal administratif, rejetant les demandes des consorts tout en considérant que l'insalubrité n'était pas qualifiée d'irrémédiable et que le délai imparti était suffisant.
Arguments pertinents
Dans son jugement, la cour a avancé plusieurs arguments clés :
1. Insalubrité et délais : Les requérants ne contestaient pas la nature insalubre des locaux. Selon l'article L.1331-26 du Code de la santé publique, l'insalubrité peut être qualifiée d'irrémédiable uniquement si aucun moyen technique ne permet de remédier à la situation ou si les travaux nécessaires coûtent plus cher que la reconstruction de l'immeuble. En l'espèce, le coût des travaux estimé par les requérants (68.000 euros) et par l'administration (60.000 euros) était inférieur à la valeur de reconstruction (120.000 euros), invalidant ainsi la prétention d'irrémédiabilité.
2. Caractère disproportionné des coûts : Les requérants ont soutenu que le coût des travaux était excessif par rapport à la valeur vénale de l'immeuble et à leurs ressources. Cependant, la cour a jugé que puisque l'insalubrité n'était pas irrémédiable, l’argument de la disproportion des coûts était inopérant.
3. Délai imparti pour les travaux : La cour a considéré que le délai de sept mois était raisonnable et suffisant pour réaliser les travaux, soulignant que le délai proposé par les consorts (dix-huit mois à compter du départ de l'occupant) n'était pas justifié.
Interprétations et citations légales
La cour a interprété les dispositions des articles du Code de la santé publique concernant l'insalubrité comme suit :
- Code de la santé publique - Article L.1331-26 : Cet article précise que l'insalubrité doit être considérée comme irrémédiable uniquement dans des conditions strictes, ce qui n'était pas le cas ici. La cour a noté qu’il n’avait pas été prouvé d'impossibilité technique pour remédier à l'insalubrité : "la qualification d'insalubrité irrémédiable est strictement limitée [...]".
- Code de la santé publique - Article L.1331-28 II : Selon cet article, lorsque la commission conclut qu'il est possible de remédier à l'insalubrité, le préfet doit prescrire des mesures nécessaires. Cela a été appliqué de manière rigoureuse dans la décision, confirmant que les travaux requis ne pouvaient pas être annulés ou prolongés sans justification valide.
La décision met en lumière l'importance de la typologie de l'insalubrité immobilière et les obligations des propriétaires face à des décisions administratives visant à protéger la santé publique, soulignant la rigueur avec laquelle les tribunaux administratifs évaluent les circonstances et les arguments présentés par les requérants.