Résumé de la décision
La décision concerne la question prioritaire de constitutionnalité (QPC) soulevée par M. A..., enregistrée le 5 décembre 2019, contestée sur un taux d'intérêt de retard prévu par la loi n° 2017-1775 du 28 décembre 2017, portant sur le code général des impôts, qui fixe ce taux à 0,20 % par mois. M. A... soutenait que cette disposition violait le principe de rétroactivité des lois pénales nouvelles, en considérant que le taux d'intérêt de retard était en réalité une sanction excessive. Après analyse, la juridiction a décidé de ne pas transmettre cette QPC au Conseil d'État, estimant qu'elle ne présentait pas de caractère sérieux.
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Arguments pertinents
1. Nature de l'intérêt de retard :
- L'article 1727 du code général des impôts précise que l'intérêt de retard vise à réparer le préjudice subi par l'État du fait du non-respect des obligations fiscales. Le tribunal a conclu que, bien que le taux ait évolué, cela ne le transforme pas en sanction judiciaire.
- "si l'évolution des taux du marché a conduit à une hausse relative de cet intérêt depuis son institution, cette circonstance ne lui confère pas pour autant la nature d'une sanction".
2. Inadéquation des comparaisons fournies par M. A... :
- La juridiction a relevé que comparer les taux d'intérêt de retard avec les taux des obligations souveraines (OAT et BTF) est inapproprié, considérant que les contribuables en default n'ont pas les mêmes paramètres que les investisseurs en matière de récupération de créances.
- "les taux d'émission des obligations assimilables du Trésor [...] ne sauraient servir de terme de comparaison à la situation des contribuables ne s'étant pas acquittés dans le délai légal".
3. Absence de caractère sérieux de la QPC :
- En conclusion, le tribunal a jugé que le requérant n’a pas démontré que le taux d'intérêt de retard était excessif par rapport à celui pratiqué par des prêteurs privés pour des découverts non négociés. Ainsi, cette modification législative ne méconnaît ni les droits ni libertés garantis par la Constitution.
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Interprétations et citations légales
1. Disposition applicable :
- Code général des impôts - Article 1727 : "I. - Toute créance de nature fiscale, dont l'établissement ou le recouvrement incombe aux administrations fiscales, qui n'a pas été acquittée dans le délai légal donne lieu au versement d'un intérêt de retard."
- La loi n° 2017-1775 du 28 décembre 2017 modifie ce taux, le fixant à 0,20 % par mois.
2. Constitutionnalité de la disposition :
- Constitution - Article 61-1 : Établit la procédure de question prioritaire de constitutionnalité, stipulant que des dispositions législatives peuvent être contestées quant à leur conformité à la Constitution.
3. Encadrement juridique :
- Ordonnance n° 58-1067 - Article 23-2 : Indique que les conditions de transmission d'une QPC doivent être remplies, incluant le caractère sérieux de la question posée.
- Le tribunal a décidé que le niveau des intérêts de retard n'était pas manifestement excessif, écartant ainsi l'argument selon lequel cela constituerait une atteinte à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.
Cette analyse montre que le tribunal adopte une approche centrée sur la nature de l'intérêt de retard comme compensation plutôt que comme sanction, tout en soulignant l'inadéquation des comparaisons fournies par M. A... et l'absence de preuve d'un caractère excessif des taux appliqués.