Résumé de la décision
Le 15 avril 2016, la cour administrative d'appel a annulé le jugement du tribunal administratif de Nantes du 20 mars 2015 qui avait annulé une décision du ministre de l'intérieur d'ajourner à deux ans la demande de naturalisation de Mme B.... La cour a statué que la décision ministérielle était fondée sur des éléments justifiant des inquiétudes quant au comportement financier de l'intéressée, notamment des dettes locatives. En conséquence, la cour a rejeté la demande de Mme B... de naturalisation.
Arguments pertinents
1. Irrecevabilité de la demande de première instance : Le ministre de l'intérieur souligne que la demande présentée par Mme B... devant le tribunal administratif devrait être considérée comme irrecevable, bien que la cour n'ait pas eu besoin de statuer sur cet aspect pour rendre sa décision.
2. Appréciation du ministre sur l'opportunité de la naturalisation : La cour a rappelé que le ministre a un large pouvoir d'appréciation dans l'examen des demandes de naturalisation, pouvant légitimement prendre en compte des éléments tels que le comportement financier du postulant. Elle écrit : "il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite".
3. Justification des dettes locatives : Le ministre a fondé son ajournement sur des dettes locatives répétées de Mme B..., lesquelles ont été considérées comme justifiant des préoccupations quant à sa situation financière. La cour a conclu que "le ministre a pu, dans le cadre de son large pouvoir d'appréciation de l'opportunité d'accorder la naturalisation, ajourner la demande de Mme B... sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation".
Interprétations et citations légales
1. Pouvoir d'appréciation du ministre : La décision s'appuie largement sur l'article 21-15 du Code civil, qui stipule que "l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger". Cet article établit le cadre juridique pour la naturalisation, conférant au ministre un pouvoir d'appréciation sur les demandes.
2. Conditions d'ajournement : L'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 précise que "si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation... il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions". Cette disposition est essentielle pour comprendre la légitimité de l'ajournement pratique au regard des faits de Mme B....
La cour a interprété ces textes comme conférant au ministre le droit de prendre en compte des facteurs tels que le caractère répété des dettes locatives et le temps pris pour les régulariser dans son évaluation de l'opportunité d'accorder la naturalisation. Ces éléments ont été jugés suffisants pour justifier la décision d'ajournement sans qu'il y ait d'erreur manifeste dans l'appréciation du ministre.
Ainsi, la décision réaffirme la prérogative de l'administration en matière de naturalisation et les critères qu'elle peut considérer lors de l'examen des demandes.