Résumé de la décision
Dans cette affaire, Mme A..., ressortissante ivoirienne, conteste un jugement du tribunal administratif de Nantes qui a rejeté sa demande d'annulation d'une décision du ministre de l'intérieur, datée du 5 novembre 2012, ajournant sa demande de naturalisation de deux ans. Elle argue que la décision était signée par une autorité incompétente et qu'elle a été fondée sur une erreur manifeste d’appréciation concernant son comportement fiscal. La cour a rejeté sa requête, confirmant le jugement de première instance et considérant que le ministre avait légitimement pris en compte les manquements fiscaux en question.
Arguments pertinents
1. Incompétence du signataire : Mme A... soutenait que la décision contestée avait été signée par une autorité incompétente. La cour a répondu que M. F..., directeur de l'accueil, de l'intégration et de la citoyenneté, avait reçu délégation de signature conformément aux dispositions du décret du 27 juillet 2005. La cour a précisé que Mme D...B..., attachée d'administration, était compétente pour signer le document.
Citation pertinente : "Mme B...était dès lors compétente pour signer la décision litigieuse du 5 novembre 2012."
2. Erreur manifeste d'appréciation : Concernant le comportement fiscal de Mme A..., le ministre a fondé son ajournement sur des informations indiquant des irrégularités dans ses déclarations de revenus. La cour a soutenu que le ministre, dans le cadre de son pouvoir d’appréciation, avait le droit de considérer les manquements fiscaux pour le rejet de la demande de naturalisation.
Citation pertinente : "le ministre a pu, dans le cadre de son large pouvoir d’appréciation de l’opportunité d’accorder la naturalisation, ajourner à deux ans la demande de Mme A... en prenant en compte le comportement fiscal de l’intéressée sans commettre d’erreur manifeste d’appréciation."
Interprétations et citations légales
La cour a interprété plusieurs textes de loi pour se prononcer sur la légalité de la décision du ministre :
1. Décret sur la délégation de signature : Le décret n° 2005-1154 du 27 juillet 2005 stipule les conditions sous lesquelles les membres du Gouvernement peuvent déléguer leur signature. La cour a invoqué l'article 1er de ce décret pour justifier que Mme B... avait reçu la délégation de signature de l'autorité compétente.
Citation légale : "A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet... peuvent signer, au nom du ministre (...) et par délégation, l'ensemble des actes...".
2. Code civil sur la naturalisation : La cour a également fait référence à l'article 21-15 du Code civil, qui établit que l'acquisition de la nationalité française par naturalisation relève d'un acte de l'autorité publique. Le ministre « peut » ajourner une demande en raison de considérations d'opportunité.
Citation légale : "L'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger."
3. Décret sur la procédure de naturalisation : Le décret n° 93-1362 sur la naturalisation mentionne que le ministre peut ajourner une demande "en imposant un délai ou des conditions". La cour a conclu que le ministre avait agi dans ses prérogatives.
Citation légale : "Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation... Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions."
Conclusion
La cour a donc rejeté la requête de Mme A..., considérant que les arguments d’incompétence du signataire et d'erreur manifeste d'appréciation du ministre ne tenaient pas, au regard des textes législatifs et de la pratique administrative en matière de naturalisation.