Résumé de la décision
La décision concerne une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) soulevée par Mme A..., qui remet en cause la conformité des dispositions du V de l'article 4 de la loi du 5 janvier 2010 relative à la reconnaissance et à l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français au regard des droits et libertés garantis par la Constitution. Le tribunal a décidé qu'il n'y avait pas lieu de transmettre cette question au Conseil d'État, considérant qu'elle était dépourvue de caractère sérieux.
Arguments pertinents
1. Inconstitutionnalité et responsabilité : Le tribunal a estimé que les dispositions contestées mettent en œuvre un régime d'indemnisation fondé sur la solidarité nationale, ce qui ne relève pas du principe de responsabilité résultant d'une faute. Ainsi, Mme A... ne peut pas invoquer ce principe pour contester ces dispositions. Le tribunal a déclaré : « ... il s'ensuit que Mme A... ne peut utilement invoquer, à l'encontre de ces dispositions, l'exigence constitutionnelle garantissant la faculté d'agir en responsabilité à l'encontre de la personne par la faute de laquelle un dommage a été causé. »
2. Aménagements pour motifs d'intérêt général : Le tribunal a également relevé que l'exigence constitutionnelle de réparation intégrale peut faire l'objet d'aménagements lorsque ceux-ci sont justifiés par un motif d'intérêt général. En conditionnant la mise en œuvre de la présomption de causalité à un seuil minimal d'exposition, les législateurs ont agi dans l'intérêt général. Il a été précisé que « ... par suite, Mme A... ne peut utilement soutenir que ces mêmes dispositions, en conditionnant la mise en œuvre de la présomption de causalité à un seuil minimal d'exposition aux rayons ionisants, porteraient atteinte à un 'principe constitutionnel de la réparation intégrale'... »
Interprétations et citations légales
1. Constitutionnel : L'article 61-1 de la Constitution évoque que le Conseil constitutionnel peut être saisi d'une question de constitutionnalité, précisant que la disposition contestée doit être applicable au litige, qu'elle n'a pas été déclarée conforme à la Constitution, et qu'elle ne doit pas être dépourvue de caractère sérieux. Cette exigence a guidé le tribunal dans son analyse de la demande de Mme A....
2. Ordonnance relative au Conseil constitutionnel : L'article 23-2 de l'ordonnance n° 58-1067 stipule que le juge statue sans délai sur la question prioritaire de constitutionnalité et doit transmettre celle-ci en remplissant les conditions établies. Cela garantit que seules des QPC sérieuses et fondées atteignent le Conseil constitutionnel.
3. Loi sur la reconnaissance et l'indemnisation : Selon la loi du 5 janvier 2010, les victimes des essais nucléaires peuvent obtenir réparation sur la base d'une présomption de causalité, sauf si les niveaux d'exposition sont en dessous d'un seuil déterminé. Le tribunal a interprété que ces dispositions, étant fondées sur la solidarité nationale, étaient constitutionnelles, car elles ne portent pas atteinte à la garantie d'une réparation.
4. Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 : L'article 4 rappelle le principe selon lequel "la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui", indiquant que la responsabilité en cas de dommage est un droit, mais qu'il peut être limité par le législateur pour des raisons d'intérêt général.
En conclusion, la décision établit que la question prioritaire de constitutionnalité soulevée par Mme A... est fondamentalement infondée et que les dispositions contestées respectent les normes constitutionnelles, en étant justifiées par la solidarité nationale et l'intérêt général.