Résumé de la décision
Le 14 avril 2017, le Tribunal administratif de Versailles a annulé l'arrêté du 10 avril 2017 par lequel le Préfet des Yvelines avait assigné à résidence Mme C... B..., ressortissante chinoise, dans l'attente de sa remise aux autorités suisses. Le Préfet a fait appel de cette décision, arguant que l'assignation à résidence était justifiée en raison de l'absence d'une adresse stable à Paris. Cependant, la Cour a confirmé le jugement du Tribunal, considérant que l'arrêté préfectoral était entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, car le préfet ne s’était pas suffisamment assuré de la situation d'hébergement de Mme B...
Arguments pertinents
1. Erreur d’appréciation du préfet : La Cour a constaté que la décision d'assignment à résidence s'appuyait uniquement sur une domiciliation postale à Limay, sans évaluer la situation réelle d'hébergement de Mme B... à Paris. Le jugement souligne que le préfet aurait dû explorer d'autres éléments du dossier, notamment l'hébergement antérieur de Mme B... et ses liens avec Paris.
- Citation pertinente : « en l'absence de fraude alléguée, le préfet [...] a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation ».
2. Droit à un hébergement stable : Le jugement rappelle que le préfet doit considérer le lieu de résidence effectif de l'individu, et non seulement son adresse administrative.
- Citation pertinente : « le magistrat désigné par le président du Tribunal administratif de Versailles a annulé son arrêté [...] en raison de l'erreur d'appréciation».
3. Pas de justification d'urgente nécessité : Le préfet n'a pas motivé son choix d'un périmètre d'assignation excluant le lieu d'hébergement à Paris par des considérations d'ordre public ou de sécurité.
- Citation pertinente : « le préfet [...] ne fait état d'aucune circonstance, notamment liée à l'ordre public ».
Interprétations et citations légales
1. Article L. 561-2 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : Cet article permet à l'autorité administrative de prendre une décision d'assignation à résidence pour les étrangers qui ne peuvent quitter immédiatement le territoire français.
- Interprétation : L'application de cet article nécessite que l'étranger soit clairement dans une situation où son éloignement est raisonnablement envisageable. La Chambre souligne qu'une évaluation adéquate des conditions d'hébergement de l'individu revêt une importance cruciale.
2. Article R. 561-2 du même Code : Il précise que l'autorité administrative détermine le périmètre de circulation de l’étranger assigné à résidence.
- Interprétation : Cet article est interprété comme imposant une obligation d'examen attentif des circonstances de fait avant de limiter la liberté d’un individu à un périmètre spécifique. La décision doit reposer sur la réalité de la situation d'hébergement, non seulement sur une domiciliation administrative.
3. Articles L. 761-1 du Code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 : Ces articles régissent la question des frais de justice et l'octroi d'une indemnité au titre de l'aide juridictionnelle.
- Interprétation : La Cour a décidé de condamner l'État à payer une somme à l'avocat de Mme B..., renforçant ainsi le droit à un accès à la justice pour les personnes ayant obtenu l'aide juridictionnelle.
Cette décision met en lumière la nécessité d'une approche rigoureuse et équilibrée dans l'application des mesures administratives concernant l'assignation à résidence des étrangers.