Résumé de la décision
Dans cette décision, le Conseil d'État a examiné la conformité à la Constitution de l'article L. 214-1, alinéa 3, du Code de la propriété intellectuelle, qui établit un régime de licence légale permettant la diffusion de phonogrammes par des services de radio sur Internet non interactifs. La Commission, saisie par la société civile des producteurs phonographiques et la société civile des producteurs de phonogrammes en France, a soulevé une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) concernant cette réglementation, arguant qu'elle porte atteinte au droit de propriété et à la liberté d'entreprendre. En considérant que cette question présente un caractère sérieux, le Conseil d'État a décidé de renvoyer la question au Conseil constitutionnel tout en suspendant le jugement de la requête des sociétés civiles jusqu'à la décision de ce dernier.
Arguments pertinents
Le Conseil d'État a articulé plusieurs arguments juridiques dans sa décision :
1. Applicabilité de la disposition contestée : Le Conseil a confirmé que l'article L. 214-1 du Code de la propriété intellectuelle, spécifiquement son alinéa 3, est directement applicable au litige, car il fonde la compétence de la commission chargée de la fixation de la rémunération des artistes-interprètes et des producteurs de phonogrammes lors de la diffusion de musique par des services en ligne.
> "Les dispositions du 3° de l'article L. 214-1 du code de la propriété intellectuelle sont applicables au litige...".
2. Question sérieuse sur les atteintes aux droits fondamentaux : Il a été souligné que l'application de cette disposition pourrait affecter le droit de propriété des producteurs de phonogrammes, ainsi que leur liberté d'entreprendre, en leur retirant la capacité de s'opposer à la diffusion de leurs œuvres.
> "Le moyen tiré de ce que ces dispositions... portent atteinte à la liberté d'entreprendre... soulève une question qui présente un caractère sérieux".
Interprétations et citations légales
Plusieurs textes de loi sont interprétés dans cette décision, notamment :
- Code de la propriété intellectuelle - Article L. 214-1 : Ce texte établit un cadre légal dans lequel les artistes-interprètes et producteurs de phonogrammes cèdent de manière limitative leurs droits de diffusion à certains services. Il stipule que, dans certains cas, ils ne peuvent s'opposer à la diffusion de leurs phonogrammes sans compensation équitable. L'alinéa 3, en particulier, élargit ces exceptions aux services de radio sur Internet non interactifs.
> "Lorsqu'un phonogramme a été publié à des fins de commerce, l'artiste-interprète et le producteur ne peuvent s'opposer [...] à sa communication au public par un service de radio [...] à l'exclusion des services de radio [...]".
- Déclaration des droits de l'homme et du citoyen - Article 2 : Cet article garantit le droit de propriété comme un droit fondamental, ce qui est central dans l'argumentation sur l'atteinte potentielle à ce droit par l'article L. 214-1.
> "La propriété est un droit inviolable et sacré".
En conclusion, la décision du Conseil d'État témoigne d'une volonté de protéger les droits fondamentaux des producteurs tout en cherchant à établir un équilibre avec les enjeux de diffusion numérique. L'évaluation de la conformité de l'article L. 214-1 au regard de la Constitution et des droits fondamentaux sera ainsi examinée de manière approfondie par le Conseil constitutionnel.