Résumé de la décision
Dans cette affaire, M. B... conteste l'instruction BOI-CF-INF-40-10-10-10 publiée le 18 juin 2015 par l'administration fiscale, qui précise son interprétation des dispositions de l'article 1741 du code général des impôts concernant la fraude fiscale. M. B... soutient que ces dispositions, telles qu'interprétées par le Conseil constitutionnel dans la décision n° 2016-546 QPC du 24 juin 2016, violent les principes de légalité, de clarté, de prévisibilité et de sécurité juridique. Le Conseil d'État rejette la requête, considérant que la question soulevée avait déjà été examinée par le Conseil constitutionnel sans changement de circonstances depuis lors.
Arguments pertinents
1. Légalité des délits et des peines : M. B... critique les éléments constitutifs du délit de fraude fiscale, en affirmant que l'article 1741 du code général des impôts ne devrait s'appliquer qu'aux cas les plus graves de dissimulation frauduleuse. En réponse, le Conseil d'État précise que la question a déjà été tranchée par le Conseil constitutionnel, qui a validé ces dispositions. Il est ainsi rappelé que "les mots 'soit qu'il ait volontairement dissimulé une part des sommes sujettes à l'impôt' ont été déclarés conformes à la Constitution".
2. Absence de changement de circonstances : Le Conseil d'État souligne que, pour qu'une question prioritaire de constitutionnalité soit renvoyée, il faut qu'un changement de circonstances soit intervenu depuis la décision précédente du Conseil constitutionnel. En l'espèce, il n'y a eu aucun changement factuel ou juridique, et la question se révèle donc non recevable.
3. Inadéquation des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : La décision précise qu'aucune somme ne sera mise à la charge de l'État, car ce dernier n'est pas la partie perdante dans cette instance.
Interprétations et citations légales
Article 1741 du code général des impôts : Cet article incrimine le fait de se soustraire frauduleusement à l'établissement ou au paiement des impôts, spécifiant que cela inclut la dissimulation des sommes soumises à l'impôt. La précision fournie par cette loi est essentielle pour établir les contours du délit de fraude fiscale.
Ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958, article 23-5 : Cet article stipule que "le moyen tiré de ce qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution peut être soulevé... à l'occasion d'une instance devant le Conseil d'État." Cela montre que le Conseil d'État peut examiner la question de constitutionnalité, mais sous certaines conditions strictes.
Décision du Conseil constitutionnel n° 2016-546 QPC : Dans cette décision, le Conseil constitutionnel a confirmé la constitutionnalité de l'article 1741, tout en reconnaissant la nécessité d'une clarté et d'une précision dans la définition des infractions fiscales. Le Conseil souligne que les termes contestés, "dissimuler une part des sommes sujettes à l'impôt", sont suffisamment précis et conforme aux exigences constitutionnelles.
En résumé, la décision du Conseil d'État s'appuie sur une jurisprudence déjà établie et refuse l'argument de M. B... en affirmant qu'il n'y a pas eu de changement dans les circonstances juridiques depuis la décision du Conseil constitutionnel.