Résumé de la décision
La décision concerne une question prioritaire de constitutionnalité soulevée par M. C... à propos du quatrième alinéa de l'article L. 5125-22 du code de la santé publique, qui impose à un pharmacien d'ouvrir son officine pendant un service de garde ou d'urgence, même s'il n'est pas de service. M. C... prétend que cette disposition porte atteinte au principe de la liberté d'entreprendre. Après analyse, le Conseil d'État a décidé qu'il n'y avait pas lieu de renvoyer la question au Conseil constitutionnel, considérant que l'exigence législative ne présentait pas un caractère sérieux et qu'elle se justifiait par un objectif de santé publique.
Arguments pertinents
1. Liberté d'entreprendre vs. santé publique : M. C... soutient que l'article L. 5125-22 porte une atteinte à la liberté d'entreprendre. Toutefois, le Conseil d'État rappelle que des limitations à ce principe sont permises si elles sont justifiées par des exigences constitutionnelles ou par l'intérêt général, sans conduire à une atteinte disproportionnée.
> « le législateur a entendu [...] garantir à tout moment, notamment pour répondre aux demandes et besoins urgents, l'accès de l'ensemble de la population aux services offerts par les officines. »
2. Exigences de confraternité et loyauté : Le Conseil d'État souligne que l’ouverture de l’officine doit se faire dans un cadre régulé qui favorise la confraternité et la loyauté entre les pharmaciens, assurant ainsi que les services de garde et d'urgence soient maintenus et efficaces.
> « par une obligation dont la durée n'excède pas celle du seul service de garde ou d'urgence [...] que cette ouverture ne soit opérée que dans des conditions [...] qui ne soient pas de nature à compromettre l'existence même de ces services. »
3. Absence de nouveauté de la question : Le Conseil a stipulé que la question posée n'était pas nouvelle et ne présentait donc pas un caractère sérieux.
> « la question soulevée, qui n'est pas nouvelle, ne présente pas un caractère sérieux. »
Interprétations et citations légales
1. Constitution et principes de limitation : Selon l'article 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, la liberté d'entreprendre peut être limitée pour des raisons d'intérêt général. Cette disposition est interprétée par le Conseil d'État pour justifier l'encadrement mis en place par le législateur, assurant un accès aux soins en période de garde et d'urgence.
2. Ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 : Cette ordonnance définit les conditions de transmission des questions de constitutionnalité au Conseil constitutionnel. L’article 23-4 de celle-ci stipule les conditions requises pour qu'une question de constitutionnalité soit examinée, soulignant notamment la nécessité d'une nouveauté ou d'un caractère sérieux.
> « [...] soumise à la triple condition que [...] la question soit nouvelle ou présente un caractère sérieux. »
3. Code de la santé publique - Article L. 5125-22 (devenu l'article L. 5125-17) : Cet article impose au pharmacien des obligations durant les périodes de garde, afin de garantir un continu de services pour la santé publique. Cela est interprété dans la décision comme un équilibre approprié entre les droits des pharmaciens et les exigences de santé publique.
En somme, cette décision illustre l'équilibre que le législateur s'efforce de maintenir entre la liberté d'entreprendre et la nécessité d'assurer des services essentiels à la population, ainsi que l'application d'une évaluation rigoureuse des conditions de fond et de forme requises pour l’examen d'une question de constitutionnalité.