Résumé de la décision
La décision concerne une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) soumise au Conseil d'État par M. B..., contestant les dispositions de l'article L. 842-4 du code de la sécurité sociale. Cet article prévoit l'inclusion dans les ressources prises en compte pour le calcul de la prime d'activité de certains revenus du patrimoine soumis à l'impôt sur le revenu, alors que d'autres revenus du patrimoine non soumis à cet impôt ne sont pas pris en compte. M. B... soutient que cette distinction méconnaît le principe d'égalité devant la loi, tel qu'énoncé à l'article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Le Conseil d'État a décidé qu'il n'y avait pas lieu de renvoyer la QPC au Conseil constitutionnel, concluant que la différence de traitement était liée à l'objet de la loi et ne présentait pas un caractère sérieux.
Arguments pertinents
1. Applicabilité des dispositions contestées : Le Conseil d'État a rappelé qu'une QPC doit promouvoir une divergence de traitement existant dans les dispositions législatives applicables au litige, en affirmant que « la différence de traitement qui en résulte est en lien direct avec l'objet de la loi qui l'établit ».
2. Respect du principe d'égalité : Le Conseil d'État a cité l'article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, précisant que ce principe « ne s'oppose ni à ce que le législateur règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'il déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général ».
3. Limitation des obligations déclaratives : Il est établi que le choix législatif a été motivé par la nécessité de restreindre les revenus du patrimoine à ceux déclarés au titre de l'impôt sur le revenu, dans un souci de simplification des obligations déclaratives nécessaires au calcul de la prime d'activité.
Interprétations et citations légales
1. Sur les modalités de calcul de la prime d'activité : L'article L. 842-4 du Code de la sécurité sociale précise les ressources prises en compte pour évaluer la prime d'activité, notamment celles qui « ont le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ». Cette disposition appelle une interprétation selon laquelle les revenus exclus de l'impôt sur le revenu, conséquence d'une période d'indisponibilité ou d'autres mesures spécifiques, ne devraient pas être intégrés dans le calcul.
2. Sur la nature de l'égalité devant la loi : L'article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 établit que « La loi (...) doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse ». La décision met en avant que le principe d'égalité n'est pas absolu et qu'il peut être dérogé lorsque cela est justifié au service d'un intérêt général.
3. Justification de la différence de traitement : Le Conseil d'État a mis en lumière que la différence de traitement en matière de revenus patrimoniaux repose sur une volonté législative de faciliter l'accès à la prime d'activité et d'alléger les charges administratives, inscrite dans le cadre plus large de la loi du 17 août 2015. Cette approche est conforme à certains objectifs de simplification et d'incitation à l'emploi, justifiant ainsi le choix opéré par le législateur.
En somme, la décision du Conseil d'État illustre comment les questions de constitutionnalité et d'égalité devant la loi sont évaluées à l'aune des objectifs législatifs et de la nécessité d'une rationalisation des dispositifs sociaux.