Résumé de la décision
Dans cette affaire, Mme B...A..., mère isolée de trois enfants, a contesté le refus du président du conseil général de la Seine-Saint-Denis de prolonger le versement de son aide financière pour son hébergement à l'hôtel au-delà du 31 août 2012. Le tribunal administratif de Montreuil a annulé ces décisions, et la cour administrative d'appel de Versailles a confirmé ce jugement par un arrêt du 6 mai 2014. Le département de la Seine-Saint-Denis a formé un pourvoi en cassation, qui a été rejeté. La cour a estimé que le refus d'aide était illégal car il ne tenait pas compte des situations spécifiques des enfants de Mme A...
Arguments pertinents
1. Responsabilité partagée : La cour a souligné que, bien que l'État ait une responsabilité principale en matière d'hébergement d'urgence, cela n'exclut pas la possibilité pour le département d'intervenir lorsque la santé, la sécurité, l'entretien ou l'éducation des enfants sont en jeu. Le département ne peut pas refuser d'accorder une aide nécessaire sous prétexte que la compétence de principe appartient à l'État.
- Citation : "un département ne peut légalement refuser à une famille avec enfants l'octroi ou le maintien d'une aide entrant dans le champ de ses compétences, que la situation des enfants rendrait nécessaire".
2. Examen de la situation familiale : Il a été jugé que le département ne pouvait pas cesser le versement de l'aide sans évaluer la situation particulière de la famille. L'absence de mesures d'hébergement appropriées par l'État risquait de compromettre le bien-être des enfants.
- Citation : "il ne peut, alors même qu'il appartient en principe à l'Etat de pourvoir à l'hébergement de cette famille, décider de cesser le versement de son aide sans avoir examiné la situation particulière de cette famille".
Interprétations et citations légales
1. Code de l'action sociale et des familles - Article L. 121-7 : Cet article prévoit que les mesures d'aide sociale liées au logement et à l'hébergement sont en principe à la charge de l'État, sauf pour certaines catégories telles que les mères isolées avec enfants. Cela indique un partage de responsabilités en fonction des situations familiales spécifiques.
- Citation : "Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : (...) 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion."
2. Code de l'action sociale et des familles - Article L. 222-5 : Cet article précise que l'aide sociale à l'enfance est délivrée aux femmes enceintes et mères isolées ayant besoin de soutien matériel et psychologique, ce qui renforce l'idée que les départements ont une responsabilité importante.
- Citation : "Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil général : (...) 4° Les femmes enceintes et les mères isolées avec leurs enfants de moins de trois ans qui ont besoin d'un soutien matériel et psychologique."
3. Code de l'action sociale et des familles - Article L. 222-3 : Cet article souligne que l'aide à domicile peut comprendre des aides financières, ce qui est pertinent pour justifier les demandes de soutien financier dans des situations d'urgence.
- Citation : "L'aide à domicile comporte (...) : (...) le versement d'aides financières, effectué sous forme soit de secours exceptionnels, soit d'allocations mensuelles."
Ainsi, la décision de la cour administrative d'appel repose sur la nécessité de considérer les besoins immédiats et spécifiques des enfants dans les situations de vulnérabilité, tout en clarifiant les responsabilités respectives des départements et de l'État en matière d'aide sociale.