Résumé de la décision
La décision rendue par la Cour administrative d'appel concerne l'annulation d'un jugement du tribunal administratif de Pau du 5 juillet 2016. Ce jugement avait annulé trois permis de construire délivrés à la société Roxim Management pour un projet de construction d'un bâtiment d'habitation collective, à la demande de M. D... et de M. et Mme B..., voisins du projet. L'annulation des permis avait été fondée sur une prétendue méconnaissance des règles de densité des constructions et de retrait par rapport aux limites séparatives établies par le plan local d'urbanisme de la commune d'Anglet. La Cour a jugé que le tribunal administratif n'avait pas suffisamment vérifié les éléments du dossier concernant la délimitation des secteurs bénéficiant d'une majoration du coefficient d'occupation des sols, ce qui a conduit à l'annulation du jugement initial. La Cour a également ordonné le renvoi de l'affaire au tribunal administratif et mis à la charge de M. D... et de M. et Mme B... la somme de 1 500 euros en réparation des frais d'instance subis par la société Roxim Management.
Arguments pertinents
1. Sur la méconnaissance des dispositions réglementaires : La Cour a noté que les demandeurs (M. D... et M. et Mme B...) avaient clairement soutenu que la majoration du coefficient d'occupation des sols n'était pas applicable à leur situation. Le tribunal administratif a statué sans avoir vérifié le contenu de l'annexe du plan local d'urbanisme qui délimitait les secteurs bénéficiaires de cette majoration, fondement essentiel pour l'application des dispositions. La Cour a déclaré : « le tribunal n'avait pas cherché à connaître le contenu de l'annexe délimitant ces secteurs, qui commandait l'applicabilité des dispositions relatives à la majoration du coefficient d'occupation des sols ».
2. Sur la procédure irrégulière : La Cour a considéré que le tribunal administratif avait procédé de manière irrégulière en ne cherchant pas à obtenir des précisions sur une annexe réglementaire essentielle. À ce titre, elle a relevé que « ni la société ni la commune n'avaient justifié, avant la clôture de l'instruction, de la délimitation des secteurs ».
Interprétations et citations légales
1. Code de l’urbanisme - Article L. 127-1 : Cet article précise que "le règlement peut délimiter des secteurs à l'intérieur desquels la réalisation de programmes de logements comportant des logements locatifs sociaux [...] bénéficie d'une majoration du volume constructible". La Cour a pu interpréter cet article comme fondamental pour évaluer la légitimité de la majoration du coefficient d'occupation des sols et a souligné qu'un contrôle des délimitations des secteurs était nécessaire pour appliquer ce principe.
2. Code de l’urbanisme - Articles R. 123-24 et R. 123-25 (aujourd'hui R. 153-20 et R. 153-21) : Ces articles précisent les modalités de publication des actes réglementaires pour les communes de plus de 3 500 habitants, dont les décisions relatives au plan local d’urbanisme. La Cour a considéré que la modification du plan local d’urbanisme par le conseil municipal, qui aurait dû faire l'objet d'une vérification, ne pouvait être écartée sans examen préalable. C’est cette obligation de publication qui impose une transparence sur les réglementations en vigueur.
En somme, cette décision met en lumière la nécessité pour les juridictions administratives d’effectuer un examen approfondi des documents réglementaires en matière d’urbanisme afin d’assurer une application juste des dispositions légales.