Résumé de la décision
M. A..., un ressortissant algérien, a demandé au Conseil d’État d'annuler une ordonnance du tribunal administratif de Marseille qui avait rejeté sa demande de suspension de son expulsion et de mise à fin de sa rétention administrative. Cette décision était motivée par la nécessité de protéger ses droits fondamentaux. Toutefois, le ministre de l'intérieur a informé que M. A... avait été expulsé du territoire français le 19 février 2020, rendant sa demande sans objet. En conséquence, le Conseil d'État a décidé qu'il n'y avait pas lieu de statuer sur la requête, ni de mettre à la charge de l'État une somme pour l'aide juridictionnelle.
Arguments pertinents
1. Recevabilité de la requête : M. A... soutenait que sa requête était recevable, en argumentant que l'urgence était manifeste, étant donné que son expulsion était prévue pour le 12 février 2020.
2. Atteintes aux droits fondamentaux : Il avançait que l'expulsion porterait une atteinte grave et manifestement illégale à plusieurs de ses droits, notamment :
- Droit à la vie privée et familiale.
- Droit à un recours effectif (article 13 de la Convention européenne des droits de l'homme).
- Intérêt supérieur de ses enfants (Articles 3-1 et 9 de la Convention internationale des droits de l'enfant).
3. Conclusion du ministre de l'intérieur : En réponse, le ministre a soutenu qu'avec l'expulsion ayant eu lieu le 19 février 2020, les conclusions de M. A... étaient dépourvues de sens, justifiant ainsi la demande de non-lieu à statuer.
4. Décision du Conseil d'État : Le Conseil a constaté que, les mesures d'éloignement étant mises en œuvre, il n'y avait plus lieu de se prononcer sur la requête et a rejeté les demandes d'indemnisation.
Interprétations et citations légales
1. Article L. 521-2 du Code de justice administrative : Cet article permet au juge des référés d'ordonner des mesures urgentes pour sauvegarder les libertés fondamentales, à condition que la demande soit justifiée par l'urgence. La notion d'atteinte "grave et manifestement illégale" est cruciale :
> "Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale..."
2. Droits fondamentaux : Les arguments de M. A... reposent sur la protection de divers droits garantis par la législation internationale. L'appel à ces droits a été fondamental pour son recours :
- Article 13 de la Convention européenne des droits de l'homme, qui garantit le droit à un recours effectif.
- Articles 3-1 et 9 de la Convention internationale des droits de l'enfant, qui insistent sur l'intérêt supérieur de l'enfant.
3. Absence de gravité : La décision rappelle que, face à l'exécution de l'expulsion, la condition d'urgence n'est plus remplie :
> "Les conclusions présentées par M. A... sont devenues sans objet. Il n'y a, par suite et dans cette mesure, pas lieu de statuer ni de tenir une audience publique."
Cette décision souligne ainsi l'importance de la mise en œuvre effective des mesures administratives et leurs implications sur le droit d'accès à la justice et la protection des droits fondamentaux, soulignant également la nécessité pour les requérants d'agir rapidement avant l’exécution des décisions.