Résumé de la décision
Cette décision concerne le pourvoi de Mme B..., précédemment employée comme femme de chambre au sein de la société Hôtel Negresco, qui conteste la décision de l'inspecteur du travail ayant autorisé son licenciement pour motif disciplinaire. La cour administrative d'appel de Marseille a annulé le jugement du tribunal administratif de Nice qui avait annulé cette autorisation. Le Conseil d'État a confirmé ce jugement, rejetant ainsi le pourvoi de Mme B... et ne faisant pas droit aux demandes de la société concernant les frais de justice.
Arguments pertinents
1. Notification de convocation : La cour a estimé que Mme B... avait été correctement notifiée d'une réunion du comité d'entreprise, tout en stipulant qu'il n'avait pas été prouvé que la notification était irrégulière. La cour a déclaré : « La cour a souverainement apprécié les pièces du dossier dont elle était saisie sans entacher son arrêt de dénaturation. »
2. Droit d'audition : Concernant l'audition des salariés protégés, il a été affirmé que ce droit doit être exercé individuellement, ce qui impose que chaque salarié reçoit l'opportunité d'être entendu personnellement par l'inspecteur du travail. La décision stipule que « ce droit ne saurait être exercé collectivement », soulignant l'importance d'une procédure juste.
3. Caractère contradictoire de l'enquête : La cour a noté que le salarié devait avoir accès aux pièces produites par l'employeur pour se défendre efficacement. Elle a précisé que Mme B... n'a pas fait la demande de communication du rapport incriminant, ce qui a été un motif pour rejeter ses allégations de non-communication.
4. Identification des plaignants : Au regard des craintes exprimées par les collègues de Mme B..., la cour a jugé qu'il n’y avait pas d’obligation pour l'inspecteur du travail de communiquer les identités de ces collègues, citation à l'appui : « l'inspecteur du travail avait pu, sans entacher sa décision d'illégalité, s'abstenir de communiquer... ».
5. Délai de prescription des faits : En ce qui concerne la prescription des faits, la cour a affirmé que ceux-ci n'étaient pas prescrits, car l'employeur n'avait pas pu pleinement évaluer la situation avant une date précise, garantissant ainsi que les droits de Mme B... avaient été respectés.
Interprétations et citations légales
1. Article R. 2421-11 du Code du travail : Cet article stipule que « l'inspecteur du travail procède à une enquête contradictoire au cours de laquelle le salarié peut, sur sa demande, se faire assister d'un représentant de son syndicat ». La cour a clairement expliqué que ce droit est personnel, appuyant ainsi la nécessité de respecter les procédures individuelles dans des affaires concernant des licenciements.
2. Bien-fondé de l'audition : Le Conseil d’État a mis en avant que l'audition conjointe de Mme B... avec un autre salarié avait eu lieu dans un cadre administratif différent, rendant inopérant le grief concernant la régularité de cette audition.
3. Article L. 761-1 du Code de justice administrative : Cette disposition interdit d’imposer les frais d’un litige à la partie qui n’est pas perdante, ce qui a conduit à rejeter la demande de la société Hôtel Negresco au titre des frais d’avocat. La cour a noté que « les dispositions de l'article L. 761-1... font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de la société Hôtel Negresco qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. »
Ces points soulignent le respect des procédures juridiques et le droit des travailleurs, tout en laissant une marge d'appréciation importante aux autorités juridiques sur la régularité des procédures disciplinaires.