Résumé de la décision
La décision du Conseil d'État concerne le décret du 27 février 2015 relatif à la résolution des litiges individuels entre les marins et leurs employeurs, contesté par plusieurs syndicats maritimes pour excès de pouvoir. Les requêtes visent principalement à annuler ce décret, en alléguant divers vices de procédure et des violations des droits des marins. Le Conseil d'État rejette les requêtes, concluant que le décret est conforme au droit en vigueur et ne méconnaît pas les principes d'impartialité ou d'accès à la justice.
Arguments pertinents
1. Contreseing du décret : Les requérants affirment que le décret devrait avoir le contreseing du ministre chargé du travail, mais le Conseil d'État établit que cela n'est pas nécessaire, car le décret ne nécessite pas d'autres mesures d'exécution.
- Citation pertinente : "Le contreseing du décret attaqué par le ministre chargé du travail n'était pas nécessaire."
2. Impartialité de la tentative de conciliation : Les syndicats soutiennent que la procédure de conciliation ne respecte pas le principe d'impartialité. Cependant, le Conseil d'État précise qu'une autorité conciliante n'est pas considérée comme une juridiction au sens de la convention européenne.
- Citation pertinente : "Une autorité appelée à procéder à une tentative de conciliation n'est ni une autorité juridictionnelle ni un tribunal au sens des stipulations de l'article 6, paragraphe 1, de cette convention."
3. Exclusion des capitaines : Les syndicats contestent que le décret ait pour effet d'exclure le capitaine de la procédure de conciliation. Le Conseil d'État conteste cela, affirmant que l'article 1er ne fait que préciser la loi.
- Citation pertinente : "L'article 1er du décret attaqué se borne à rappeler les dispositions de l'article L. 5542-48 du code des transports qui les excluent de la procédure de conciliation."
4. Compétence juridictionnelle : Le décret modifie la compétence relative aux litiges marins, écartant le juge prud'homal, ce qui est contesté par les syndicats. Le Conseil d'État réaffirme que le législateur voulait confier la résolution de ces litiges aux tribunaux d'instance.
- Citation pertinente : "Le législateur a entendu, par l'introduction d'une procédure de conciliation spécifique [...] ne pas confier au juge prud'homal le règlement juridictionnel des litiges."
Interprétations et citations légales
1. Code des transports - Article L. 5542-48 : Cet article établit que tout différend entre un marin et son employeur doit être porté devant le juge judiciaire, à condition d'une tentative de conciliation préalable.
- Citation : "Tout différend [...] est porté devant le juge judiciaire. [...] Les conditions d'application du présent article sont fixées par décret en Conseil d'Etat."
2. Code de justice administrative - Article R. 221-13 : Cette disposition modifiée par le décret précise que le tribunal d'instance est compétent pour les litiges soulevés par la tentative de conciliation, ce qui a été valable dans la décision.
- Interprétation : Le décret établit une nouvelle voie de recours pour les marins qui se démarque des conseils de prud'hommes, conformément aux intentions du législateur concernant la gestion des litiges maritimes.
En conclusion, le Conseil d'État valide le décret contesté, affirmant son intégrité juridique et son adéquation avec les principes établis, tout en rejetant les critiques formulées par les syndicats maritimes.