Résumé de la décision
Le Conseil national de l'ordre des sages-femmes et le Conseil national de l'ordre des pharmaciens ont déposé des requêtes pour annuler l'ordonnance n° 2017-644 relative au fonctionnement des ordres des professions de santé, soupçonnant qu'elle contrevient à leurs droits. Toutefois, par une décision du Conseil d'État, il a été établi que l'ordonnance avait été ratifiée par la loi n° 2017-1841 du 30 décembre 2017, ce qui a rendu l'annulation impossible. En conséquence, les requêtes visant à contester cette ordonnance sont devenues sans objet, et aucune compensation financière n'a été allouée aux requérants.
Arguments pertinents
1. Caractère législatif des ordonnances : Le Conseil d'État a rappelé que les ordonnances, bien que considérées comme des actes administratifs lorsqu'elles sont signées, acquièrent une valeur législative après leur ratification par le Parlement. Dans ce cas, l'ordonnance n° 2017-644 a été ratifiée, rendant son contestation devant le contentieux administratif inopérante.
Citation pertinente : « […] dès lors que sa ratification est opérée par le législateur, une ordonnance acquiert valeur législative à compter de sa signature. »
2. Droit à un procès équitable : Concernant l'argument selon lequel la ratification aurait pu porter atteinte au droit à un procès équitable, il a été jugé que ni le traitement parlementaire postérieur à la requête, ni le fait que la loi ne portait que sur cette ordonnance ne pouvaient rayer son effet juridique.
Citation pertinente : « […] la légalité de l'ordonnance attaquée n'est plus susceptible d'être discutée par la voie contentieuse. »
3. Rejet des demandes financières : Le Conseil d'État n’a pas octroyé de dommages et intérêts aux requérants, estimant qu'aucun motif ne justifiait cette compensation, compte tenu des décisions rendues.
Citation pertinente : « […] il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat les sommes que demandent [...] les motivations des requêtes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. »
Interprétations et citations légales
1. Article 38 de la Constitution : Cet article stipule que le gouvernement peut prendre des mesures par ordonnance sur des sujets relevant normalement de la loi, dans un cadre fixé par la loi.
Citation directe : « Considérant qu'il résulte des dispositions de l'article 38 de la Constitution que les ordonnances qu'elle prévoit ont, alors même qu'elles interviennent dans une matière ressortissants, en vertu de l'article 34 ou d'autres dispositions constitutionnelles, au domaine de la loi, le caractère d'actes administratifs. »
2. Article 6 de la Convention européenne des droits de l'homme : Ce texte garantit le droit à un procès équitable, et la décision a précisé que pour contester la légalité d’une ordonnance ratifiée, il faut prouver que la loi de ratification a été adoptée de manière à entraver ce droit.
Citation direct : « […] en raison des circonstances de son adoption, cette loi aurait eu essentiellement pour but de faire obstacle au droit de toute personne à un procès équitable. »
3. Code de justice administrative - Article L. 761-1 : Cet article concerne les frais irrépétibles et les demandes d’indemnisation dans le cadre des litiges administratifs. Le Conseil a décidé que les requêtes ne justifiaient aucune allocation à ce titre.
Ces éléments soulignent l'importance de la ratification des ordonnances par le législateur et protègent l'intégrité du processus légal face à une contestation administrative.